Les guerriers mythiques de la Waffen ϟϟ : Friedrich von Scholz (9/10) – Démocratie Participative

Les guerriers mythiques de la Waffen ϟϟ : Friedrich von Scholz (9/10)

La Rédaction
Démocratie Participative
\n10 février 2026

 

Partie 1 : Les origines et la montée en grade (1896-1943)

1.1 Naissance et jeunesse en Bohême austro-hongroise

Friedrich Max Karl Scholz, Edler von Rarancze, naît le 9 décembre 1896 à Pilsen (Plzeň), ville industrielle de Bohême dans l’Empire austro-hongrois. Fils de Ferdinand Scholz et Caroline Hopfengärtner, il appartient à une petite famille noble allemande. À 17 ans, en août 1914, il s’engage volontairement dans l’armée impériale. Affecté en mai 1915 au Feld-Kanonen-Regiment 22, puis à une batterie d’obusiers (Feld-Haubitzen-Regiment), il sert comme officier d’artillerie. Promu Leutnant en septembre 1915, il participe aux offensives contre la Russie (Galicie, Carpates) et aux douze batailles de l’Isonzo contre l’Italie. Il maîtrise le tir indirect, la coordination avec l’infanterie et la défense sous bombardements massifs. Blessé plusieurs fois, il reçoit la Croix de fer de 2e et 1re classe. Promu Oberleutnant en novembre 1917, il termine la guerre en 1918 sur le front italien. Démobilisé en 1919 après la dissolution de l’empire austro-hongrois, il rejoint brièvement l’armée de la Première République d’Autriche avant de quitter le service.

1.2. Crise autrichienne et adhésion au national-socialisme (1919-1938)

Les années 1920-1930 sont marquées par l’hyperinflation, le chômage et l’instabilité politique en Autriche. Von Scholz, marqué par la défaite et l’effondrement impérial, s’oriente vers les mouvements nationalistes. Il adhère au NSDAP autrichien et à la ϟϟ en 1933, année d’interdiction du parti par les autorités autrichiennes. Intégré dans les structures clandestines SS, il gravit les échelons : SS-Untersturmführer en 1933, Obersturmführer en 1935, Hauptsturmführer en 1936, Sturmbannführer en 1938. Il participe à l’Anschluss de mars 1938, qui précipite l’intégration des forces autrichiennes dans l’armée du Reich.

1.3. Progression dans la Waffen ϟϟ

En 1939, von Scholz commande un bataillon dans le ϟϟ-Regiment Der Führer, participant à la campagne de l’Ouest (mai-juin 1940) : percée des Ardennes, encerclement de Dunkerque, progression en France. En décembre 1940, il prend le commandement du ϟϟ-Regiment Westland, puis du ϟϟ-Regiment Nordland au sein de la 5. ϟϟ-Panzer-Division Wiking. Ce régiment multinational de recrutement germanique (Norvégiens, Danois, Néerlandais, Allemands ethniques) préfigure son style : pan-germanisme, motivation anti-marxiste, discipline stricte. En 1941, pendant Barbarossa (groupe d’armées Sud), le régiment Nordland combat en Ukraine : prise de Tarnopol fin juin, progression vers le Dniepr, puis Caucase en 1942. Von Scholz reçoit la Croix allemande en or le 22 novembre 1941 pour leadership en combats intenses (défense de positions, contre-attaques locales). Il gère la coordination entre l’infanterie mécanisée et l’artillerie, l’utilisation de Sturmgeschütze pour appui direct. En janvier 1943, il commande la 1. ϟϟ-Infanterie-Brigade (groupe d’armées Centre), puis la 2. ϟϟ-Infanterie-Brigade (majoritairement estonienne, groupe d’armées Nord). Ces unités affrontent partisans et contre-attaques soviétiques derrière Leningrad : opérations de sécurité, embuscades, barrages de feu. Von Scholz développe une expertise en guerre irrégulière et en défense en profondeur avec des ressources limitées.

1.4. Formation de la 11. ϟϟ-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division Nordland (mai 1943)

De jeunes Norvégiens qui se sont engagés comme volontaires dans le régiment Nordland prêtent serment devant le chef ϟϟ Heinrich Himmler à Oslo, le 30 janvier 1941. À l’arrière-plan, on aperçoit la devise ϟϟ « Meine Ehre heisst Treue » (Ma honneur s’appelle fidélité).

Le 1er mai 1943, promu ϟϟ-Brigadeführer und Generalmajor der Waffen-ϟϟ (21 décembre 1942), il prend le commandement de la nouvelle division Nordland à Grafenwöhr (Bavière). Composée du noyau Nordland, elle intègre les ϟϟ-Panzergrenadier-Regiment 23 Norge (Norvégiens), 24 Danmark (Danois), des éléments néerlandais (ex-Légion Pays-Bas), Estoniens, Allemands du Reich et Volksdeutsche roumains. La division est rattachée au III. (germanisches) ϟϟ-Panzerkorps de Felix Steiner.  Promu ϟϟ-Gruppenführer und Generalleutnant le 20 avril 1944, von Scholz impose une forte cohésion : une formation intensive (entraînement combiné infanterie-chars-artillerie), une mobilisation idéologique et la valorisation des origines nationales des unités respectives. Von Scholz excelle à intégrer volontaires étrangers : discipline inflexible contre les désertions, rotation dans les secteurs très exposés pour limiter l’usure, fanatisme idéologique. Techniquement, il privilégie les feux concentrés, les contre-attaques rapides avec ses réserves blindées (StuG, Panther).

Partie 2 : La défense de Narva et le commandement tactique (janvier-juillet 1944)

Emblème de la division Nordland

2.1. Transfert urgent au front nord et intégration au III. ϟϟ-Panzerkorps

En janvier 1944, la 11. ϟϟ-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division Nordland, sous les ordres de Fritz von Scholz, est transférée d’urgence depuis la Croatie vers le front d’Oranienbaum, près de Leningrad, au sein du groupe d’armées Nord. La division est rattachée au III. (germanisches) ϟϟ-Panzerkorps commandé par Felix Steiner. Cette formation multinationale compte environ 11 000 à 15 000 hommes au début de l’année, avec un appui blindé limité (ϟϟ-Panzer-Abteilung 11 Hermann von Salza équipé de StuG III et de quelques Panther). Von Scholz gère une logistique tendue : munitions et carburant rationnés, renforts irréguliers, terrain marécageux et hivernal extrême (températures à -30 °C). La retraite ordonnée depuis Oranienbaum vers Narva (65 km) s’effectue sous une pression soviétique constante, avec des contre-attaques locales pour couvrir les replis.

2.2. Organisation défensive le long de la Narva (février-mars 1944)

Soldat du III. ϟϟ-Panzerkorps en position sur la Narva

Von Scholz organise une défense en profondeur sur la ligne de la rivière Narva, obstacle naturel large de 100-300 mètres partiellement gelée en hiver. Le plan repose sur des positions fortifiées : tranchées, bunkers, champs de mines, barbelés et positions d’artillerie sur les hauteurs dominant la rive Est. Le régiment Norge tient le secteur Nord de la ville de Narva, le régiment Danmark le Centre et Sud, avec le bataillon de reconnaissance et les pionniers en réserve mobile. L’artillerie divisionnaire (ϟϟ-Artillerie-Regiment 11) prépare des barrages de feu prédéfinis sur les points de franchissement probables. Von Scholz privilégie la mobilité défensive : réserves blindées (7-12 StuG) positionnées en arrière pour mener des contre-attaques rapides contre les têtes de pont soviétiques. Il coordonne ses mouvements avec l’aide très limitée de l’aviation pour des frappes sur les concentrations ennemies qui totalisent jusqu’à 100 000 Soviétiques cumulés sur le secteur.

2.3. Affrontements clés et contre-attaques (février-avril 1944)

Soldats de la 3e brigade volontaire estonienne ϟϟ pendant la bataille de Narva, janvier 1944

En février, les Soviétiques tentent plusieurs franchissements au nord de Narva. Von Scholz réagit en envoyant immédiatement le ϟϟ-Panzer-Abteilung 11 Hermann von Salza : les StuG détruisent des chars T-34 isolés et forcent l’ennemi à se replier. Le 11e bataillon de pionniers ϟϟ (sous Fritz Bunse) contre-attaque pour refermer des brèches, ce qui vaut la Croix de chevalier pour Bunse. Au Sud, le III./Norge (Hanns-Heinrich Lohmann) repousse des assauts amphibies. Von Scholz inspecte personnellement les lignes, ajustant les feux d’artillerie pour les concentrer sur les points d’effort soviétiques. Les pertes bolcheviques s’accumulent rapidement (estimations 20 000-30 000 sur février-mars), tandis que Nordland subit environ 3 000-4 000 pertes. Pour ces actions défensives, von Scholz reçoit les Feuilles de chêne le 12 mars 1944 (423e attribution).

2.4. Offensive soviétique de juillet et repli vers la ligne Tannenberg

Le mémorial de la bataille des collines Sinimäed. Des tranchées sont visibles au premier plan. Au fond, le monument dédié aux soldats tombés au combat de la 20e division ϟϟ (Estoniens)

Fin juillet 1944, l’offensive soviétique force le repli de Narva vers les collines Sinimäed : trois hauteurs stratégiques (Colline 69.9, la Colline du Grenadier, la Colline de l’Orphelinat). Von Scholz ordonne une retraite progressive : les unités se couvrent mutuellement, l’artillerie retarde la poursuite. Le 27 juillet, il inspecte la Colline de l’Orphelinat (Lastekodumägi) lors d’un bombardement intense. Touché à la tête par un éclat d’obus, il est évacué sur train-hôpital vers Wesenberg, où il décède le 28 juillet. Les Épées à la Croix de chevalier avec Feuilles de chêne lui sont attribuées posthume le 8 août 1944 (85e). La division, malgré sa mort et les pertes de commandants de régiments, tient les collines, détruisant 113 chars soviétiques les 27-29 juillet.

Impact stratégique

Le Reichsführer ϟϟ Heinrich Himmler et Friedrich “Fritz” von Scholz

La défense prolongée de Narva (six mois contre les assauts répétés des Soviétiques) retarde significativement l’avance du front nord soviétique vers la Lettonie et l’Estonie. Elle permet l’évacuation organisée de civils (notamment Estoniens et minorité suédoise baltique), la consolidation de positions en arrière (ligne Panther-Wotan), et l’évitement d’un effondrement immédiat du groupe d’armées Nord. Sans cette résistance, Tallinn et Riga auraient pu tomber dès le printemps 1944.

Von Scholz incarne le commandant Waffen-ϟϟ européen promu par Himmler : utilisation massive de volontaires non allemands pour compenser les pertes du Reich. Il représente un officier de haut niveau alliant expérience de la Grande Guerre, fanatisme national-socialiste et compétences techniques en guerre défensive moderne. Ses succès à Narva reposent sur une maîtrise des paramètres multiples : terrain, climat, supériorité ennemie, logistique, moral.

Sources :

  • Scherzer, Veit. Die Ritterkreuzträger 1939–1945. Scherzers Militaer-Verlag, 2007.
  • Tieke, Wilhelm. Tragedy of the Faithful : A History of III. (germanisches) SS-Panzer-Korps. J.J. Fedorowicz Publishing, 2001.
  • Landwehr, Richard. Narva 1944 : The Waffen-SS and the Battle for Europe. Legion Europa, 1981 (rééditions).
  • Williamson, Gordon. The Waffen-SS : 11. to 23. Divisions. Osprey Publishing, 2005.
  • Jurado, Carlos Caballero. Foreign Volunteers of the Wehrmacht and Waffen-SS. Osprey, 2005.
  • Hiio, Toomas (dir.). Estonia 1940-1945 : Reports of the Estonian International Commission for the Investigation of Crimes Against Humanity. Estonian Foundation, 2006.
  • Archives du Bundesarchiv (promotions SS, citations), et rapports du groupe d’armées Nord (disponibles en microfilms).
  • TracesOfWar et Lexikon der Wehrmacht (biographies croisées avec sources primaires).

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