Les féministes veulent gazer Maurice Benguigui

La Rédaction
Démocratie Participative
\n19 juin 2026

 

C’est la caricature antisémite du jour.

L’opération kippa de Paris Match vise bien entendu à faire croire que Maurice Benguigui est victime d’un complot antisémite.

Paris Match :

Mardi 2 juin. Il est 21 h 08 quand Patrick Bruel fait son entrée sur la scène du théâtre ­Édouard-VII, où il joue depuis le 27 janvier « Deuxième partie ». Les spectateurs l’applaudissent copieusement. Soixante-quinze minutes plus tard, il salue, seul, regardant longuement la salle. Il chuchote des « merci beaucoup », pose la main sur son cœur avant que le rideau ne se referme. Pour la dernière fois. Car, le lendemain, la représentation est perturbée par des femmes qui s’insurgent contre la présence sur les planches du comédien accusé de violences sexuelles. La soirée est annulée. Bruel n’aura même pas eu le temps de prononcer une réplique. Dans les loges, c’est comme une libération : une chape de plomb pesait sur la destinée de la pièce depuis plusieurs semaines. « Il avait été envisagé qu’une captation soit faite pour France Télévisions, nous raconte un membre de l’équipe de ­production. Mais dès les premières plaintes, l’idée a vite été abandonnée. Tout le monde a serré les rangs, chaque ­soirée jouée à guichets fermés était comme une preuve de l’amour du public pour Patrick. Mais ce qui se passe dans un théâtre n’est pas toujours le reflet de la ­réalité. »

Dès le 4 juin, Maria Martins-Pipaud, la ­directrice de ­l’établissement, ­réunit comédiens, ­régisseur et équipe technique. Elle prend la responsabilité ­d’annuler les cinq dernières ­représentations, par crainte que le théâtre devienne le lieu de ­rassemblements ­quotidiens contre l’acteur. « Pendant des semaines, l’atmosphère était étouffante, reprend ce membre de l’équipe. Jamais Patrick Bruel n’a organisé de réunion pour nous expliquer ce qu’il se passait. Dès qu’il arrivait, il se plaignait de la violence de ce qu’il vivait, de l’accumulation des plaintes, du traitement que lui réservaient les médias, comme si la parole de toutes ces femmes n’avait aucune importance. »

L’acteur sait, à ce moment-là, qu’il est convoqué par la police pour donner sa ­version des faits. Le rendez-vous est fixé au lundi 8 juin dans les locaux de la police judiciaire du XVIIe arrondissement. L’arrêt ­brutal de la pièce lui permet – au moins – de se ­concentrer sur la préparation de ce ­rendez-vous qu’il attend… impatiemment. « Je vais me battre », promet ­l’artiste à ceux qui prennent de ses nouvelles. Il est déjà passé une fois par la case de la garde à vue et se targue d’avoir renversé la table. « La ­plupart de celles qui ont déposé des plaintes ont menti. Certaines ont inventé des faits, d’autres ont changé plusieurs fois de ­version », explique Bruel à ses proches. Pour ce faire, le chanteur a ­musclé sa défense. Il s’est adjoint les services de Me Fanny Colin. Une femme. Et une bagarreuse. Pénaliste reconnue et ­excellente plaideuse, ­l’avocate a récemment défendu plusieurs ­personnalités accusées de violences sexistes et sexuelles. Elle a obtenu la relaxe d’Ibrahim Maalouf. Excepté le fait qu’elle se dise fan de ­Jean-Jacques Goldman, elle est le conseil qu’il lui faut. C’est avec elle et ses deux autres avocats, Céline Lasek et Christophe Ingrain, que Patrick Bruel a préparé son audition et ­compilé des ­attestations écrites qui plaident en sa faveur et avec ­lesquelles il se rend à sa convocation.

Le 8 juin, la garde à vue commence à 8 h 25. C’est au sein même des bureaux de la 1re DPJ qu’il est entendu, par ces ­policiers qu’il a parfois incarnés à l’écran. Il se défend « dans le cadre d’une enquête pour violences sexuelles, qui concerne à ce stade 13 ­victimes », annonce le parquet. Pied à pied, cas par cas, Bruel argumente. Après une première nuit « à l’ombre », dans une cellule individuelle, les auditions redémarrent tôt le mardi 9 juin. Elles vont durer jusqu’à 1 h 30, heure à laquelle le chanteur est conduit au « Bastion », le siège de la direction de la police judiciaire, pour une deuxième nuit de garde à vue. Les cellules y sont moins vétustes. À 7 heures, le 10 juin, direction le tribunal de Nanterre, où le chanteur doit se voir signifier sa mise en examen. À 7 h 45, le véhicule dans lequel il a pris place entre discrètement par la « souricière », le parking du tribunal réservé à la police. Bruel est emmené au dépôt, qu’il quittera à 15 heures pour ­passer devant les juges d’instruction. Surprise, ce n’est pas un magistrat mais quatre qui ­l’attendent.

Un fait très inhabituel, pour ne pas dire jamais vu, mais qu’on salue de part et d’autre, côté défense comme côté accusation, car « cela montre la mesure de cette affaire », souligne Me Corinne Herrmann, avocate notamment de Flavie Flament. Au premier étage du palais de justice, le ­procureur passe saluer les journalistes. C’est lui qui, le matin même, a requis la détention provisoire pour la star. Une demande qui a « sonné » ses avocats. Ils affirmeront qu’en réclamant la détention, le procureur a voulu « donner des gages à ­l’opinion publique ».​ À Neuilly, au ­domicile du chanteur, Clémence Cherier, sa ­compagne, rassemble quelques affaires à lui faire ­parvenir, au cas où il irait en ­prison. Pendant ce temps, au troisième étage du palais de justice, Bruel et ses ­avocats écoutent les quatre juges d’instruction dérouler la procédure. C’est « ­l’interrogatoire de première comparution ». C’est long, près de trois  heures… À 16 h 45, Me Christophe Ingrain fait une incursion à la machine à café. Un sachet de pièces jaunes à la main, il nous lâche que Patrick Bruel « nie tout en bloc ». Dans quel état d’esprit est-il ? « C’est dur. »

Dans ce palais de justice, c’est le choc de deux mondes qui, d’ordinaire, ne se croisent jamais. « C’est qui Patrick Bruel ? » demande une grand-mère qui vient ­d’apprendre que son petit-fils écope de deux ans ferme pour homicide. Une bande d’ados patiente en attendant de connaître la peine d’un de leurs potes, tombé pour violences sur un fonctionnaire de police. L’équipe de sécurité de l’artiste – deux hommes, un chauffeur et un garde du corps – fait les cent pas et squatte le ­chargeur de portable près du distributeur de café. À 18 heures, enfin, les juges ­d’instruction ont fini de lire le dossier : l’audition peut ­commencer.​ Dans les rangs de la presse, les sandwichs triangle et les nouilles ­sautées s’avalent entre deux duplex. Détention ou pas ­détention ? C’est finalement le juge des libertés et de la détention (JLD) qui va trancher. Il est 22 h 10 quand les trois avocats du chanteur prennent place dans la salle 2, celle où Patrick Bruel va être entendu par le JLD. L’audition aura lieu à huis clos, mais le public, sans téléphone, est autorisé à entrer quelques minutes. Bruel apparaît à 22 h 15, essoré, jean noir, pull en V noir froissé sur tee-shirt blanc, ­chaussures en daim turquoise. Il se lève, les mains jointes, lorsque le juge vérifie son identité : « Vous êtes Maurice Patrick Benguigui, né le 14 mai 1959 à Tlemcen… » ​Il murmure un faible « oui ». « Vous pouvez rester assis ! » lui ordonne le magistrat. Bruel s’exécute pendant que le juge rappelle sa mise en examen et lui demande de confirmer la demande de huis clos. Il lui signifie qu’il a droit au silence. Bruel opine de la tête…

C’est à minuit qu’est rendue la décision ­rejetant la détention et prononçant les contours du contrôle judiciaire : Patrick Bruel a interdiction de quitter le territoire national, d’entrer en contact avec les victimes et leur famille ou de se rendre à leur domicile, et de fréquenter des salons de massage. Il doit également verser une caution de 500 000  euros et justifier de soins psychologiques. Il est mis en examen pour quatre affaires et placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres. Le chauffeur de Patrick Bruel et son garde du corps n’entendent pas la prise de parole de Fanny Colin. Ils sont déjà en bas, dans la souricière, à attendre la star, qu’ils vont ramener en scooter. Ce soir-là, le ­chanteur va dormir aux côtés de Clémence. Un court répit.​ Car, désormais, il faut ­commencer à envisager la suite. Patrick Bruel sait qu’il n’est qu’au début de son marathon judiciaire, que d’autres plaintes vont être instruites. Les jours suivants, Me Corinne Herrmann annonce le dépôt de deux plaintes pour viol « sans prescription », Me Myriam Guedj Benayoun une plainte pour tentative de viol en 2000, et Me Jade Dousselin une plainte pour viol en 2012 et une autre pour tentative de viol en 2007.

De nouvelles auditions auront donc lieu, tout comme de nouvelles gardes à vue, même si, à ce jour, aucune n’est programmée. Patrick Bruel le répète aux rares fidèles restés à ses côtés : il est combatif, persuadé que son audition au tribunal de Nanterre a mis à mal toute ­l’accusation. Ses avocats, eux, sont prudents, et leur communication, mesurée face à la « chronique des plaintes » que tiennent les médias. D’autant qu’ils ont assez peu goûté les vidéos aux allures de course-poursuite diffusées par les chaînes d’info alors que leur client quittait le tribunal, et encore moins apprécié les directs faits par les télés en bas de son domicile. « C’est gravissime, raconte l’un de ses proches, ulcéré. Je n’ai pas le souvenir de quelqu’un qui sort d’une audition de justice et qui est suivi par des motos. »​

La partie adverse, elle, est loin de se ­sentir renvoyée dans les cordes. Les ­avocates des plaignantes sont très confiantes et ­unanimes : un immense mouvement est en train de naître. D’ailleurs, les signalements s’accumulent, arrivent sur les boîtes mail, les comptes LinkedIn, les réseaux sociaux sans même qu’on les sollicite. Comme celui d’Agnès R., dont le témoignage présente des similitudes avec celui de Karine Viseur, pour lequel Patrick Bruel est mis en examen pour tentative de viol à Bruxelles en 2010. Jeune hôtesse de l’air, elle se souvient d’un voyage à Pau à l’issue duquel la star lui avait demandé de l’accompagner aux toilettes. Devant la porte des hommes, elle affirme que Patrick Bruel a saisi très fort son poignet pour ­l’entraîner à l’intérieur avant qu’elle ne parvienne à se dégager. Elle ignorait alors ce que les hôtesses plus âgées savaient : il valait mieux l’éviter. Il y a aussi cette actrice qui souhaite pour l’instant garder l’anonymat et se souvient de l’invitation du chanteur en 1999 à une soirée où ils étaient censés être plusieurs et où il n’y avait finalement que lui. « On sera plus tranquilles », aurait-il dit, puis il s’est jeté sur elle avant qu’elle parvienne à s’échapper : « Ouais, c’est ça, casse-toi ! » ​Elle porte plainte pour tentative de viol et agression sexuelle. Me Guedj Benayoun, son avocate, relève des similitudes avec l’affaire ­d’Ophélie Fajfer, dont elle s’occupe et qui a porté plainte pour viol.​

C’est aussi ce qui choque Patrick Bruel depuis ­plusieurs semaines : « Pourquoi tout le monde veut ma mort ? Pourquoi tout le monde cherche à me détruire à ce point ? » s’interroge-t-il auprès de nous. Comme s’il ne ­comprenait pas pourquoi le ciel lui tombe à ce point sur la tête. « Tout le monde me ­trahit, tout le monde me lâche. »

Celui qui s’imaginait prendre la place de Johnny dans le cœur des Français croit encore en sa bonne étoile. Il nous l’affirme : « J’ai pu dire ce que j’avais à dire à la justice et aux juges. Jusqu’au bout je me battrai pour prouver mon innocence. » Il n’a pas précisé si c’était dans cette vie-là. Ou la prochaine. ​​

C’est comme une nouvelle shoah.


Commentez sur /c/dempart

Soutenez Democratie Participative

X