« Le dîner du Medef, c’est la planète des Blancs » : le juif Marc-Olivier Fogiel déplore le trop grand nombre de Blancs au sein du patronat

La Rédaction
Démocratie Participative
\n28 août 2026

Marc-Olivier Fogiel infiltre les médias depuis des décennies et personne ne sait pourquoi, ni comment

Cet éditorial du juif Marc-Olivier Fogiel commence par un exercice de c’houtzpah d’une obscénité rare.

Le Nouvel Observateur :

Je suis un homme blanc de plus de 50 ans, né dans un quartier favorisé. Autrement dit, si l’on devait dessiner le portrait-robot de celui qui a le moins de légitimité pour donner des leçons de diversité, je pourrais assez facilement servir de modèle. C’est peut-être aussi pour cela que je n’ai aucune envie d’en donner.

J’étais invité mercredi 26 août au dîner de la REF, la Rencontre des Entrepreneurs de France organisée par le Medef. Je m’y suis rendu sans états d’âme. Je suis journaliste : rencontrer ceux qui font l’actualité, ceux qui dirigent des entreprises, créent de la richesse et des emplois, prennent des risques, engagent leur argent ou celui dont ils ont la responsabilité, fait partie de mon métier. Je n’éprouve à leur égard ni fascination particulière ni défiance de principe. Les patrons ne constituent à mes yeux ni une caste à célébrer ni un camp à combattre. Ils sont des acteurs essentiels de la vie du pays. Les rencontrer est donc assez naturel.

Le dîner avait lieu à Roland-Garros. Fin août, Paris encore un peu assoupi, les courts silencieux, le décor magnifique. Il y avait quelque chose d’assez agréable à pénétrer dans cette enceinte vidée de ses champions et de son public.

Et puis, en franchissant les portes, j’ai découvert une autre planète. Une planète assez paisible, plutôt élégante, manifestement prospère. Une planète sur laquelle les femmes avaient heureusement réussi à atterrir. Mais une planète presque entièrement blanche.

Je regarde autour de moi. Encore. Et encore. Des centaines de dirigeants, d’entrepreneurs, de responsables. Pas seulement les quelques patrons du CAC 40 dont les noms reviennent dans les journaux. Non : des chefs d’entreprise de toutes tailles, des représentants de ce qu’on appelle justement les « forces vives » du pays. Ceux qui recrutent, décident, investissent, managent. Une photographie, en somme, d’une partie de la France qui commande.

Et sur cette photographie, quasiment aucun Noir, aucun Arabe, aucun Asiatique, presque aucun visage qui raconte les origines multiples de la France de 2026. Les rares visages qui racontent cette diversité, je les croise essentiellement parmi les personnes qui nous accueillent, nous servent ou travaillent à Roland-Garros.

Le contraste est tellement spectaculaire que je finis par me demander si je suis le seul à le voir. Je pose la question autour de moi. Sans agressivité, sans procès. « Ça ne vous frappe pas ? » Pas vraiment. Et c’est précisément cette absence d’étonnement qui m’étonne le plus.

Fogiel est très mal à l’aise au milieu des Blancs.

Il y a trente ou quarante ans, une photographie réunissant 100 dirigeants et 100 hommes n’aurait probablement choqué presque personne. C’était ainsi. Les conseils d’administration étaient masculins, les comités exécutifs étaient masculins, les dîners de pouvoir étaient masculins. Ceux qui y participaient ne se levaient pas le matin en se disant qu’ils excluaient les femmes. Ils ne voyaient tout simplement plus l’anomalie.

Aujourd’hui, une assemblée de plusieurs centaines de dirigeants sans aucune femme sauterait immédiatement aux yeux. A juste titre. Pourquoi une assemblée presque exclusivement blanche ne produit-elle pas le même effet ?

Je précise immédiatement ce que ce texte n’est pas.

Ce n’est pas un procès du Medef. Cette soirée est simplement le révélateur particulièrement saisissant d’une réalité qui dépasse largement le monde patronal. Je pourrais regarder les entreprises de médias dans lesquelles j’ai travaillé ou travaille, certains lieux de pouvoir économique, médiatique ou culturel, et probablement faire parfois le même constat.

Ce n’est pas davantage une profession de foi militante. Je ne distribue aucun brevet de vertu et je me garderais bien de me placer du côté du « bien ». Encore une fois : homme blanc de plus de 50 ans, né du bon côté de la ville, j’ai conscience de la place depuis laquelle je parle. Mais il y a un moment où la question cesse d’être morale pour devenir simplement mathématique.

La France est ce qu’elle est. On peut s’en réjouir, le regretter, débattre pendant des heures de l’immigration passée, présente ou future : ce n’est pas le sujet. La société française d’aujourd’hui est diverse. C’est un fait, pas une opinion.

Or une société ne peut pas durablement présenter deux photographies aussi différentes d’elle-même : celle de sa population et celle de ceux qui la dirigent. Un carré ne rentre pas dans un rond. On peut toujours essayer de pousser très fort. A un moment, ça coince. Et je crois que c’est une partie de ce qui coince aujourd’hui.

Comment demander à chacun de se sentir pleinement membre d’une société quand les lieux où se concentrent le pouvoir, la décision, la réussite et la représentation donnent parfois l’impression d’appartenir à une autre ? Comment convaincre que chacun peut trouver sa place lorsque, tout en haut de l’escalier, certains visages semblent avoir disparu ?

C’est une question pertinente.

Il faut toutefois la remettre à l’endroit en levant la confusion que Fogiel entretient sciemment en dissimulant ses motivations. N’étant pas un homme blanc, mais bien un immigré d’origine juive, Fogiel projette ici sur les Français le décalage qui existe entre la surreprésentation des juifs dans de nombreux cercles dirigeants français et ce que ressentent les Français face à cette situation.

Ce n’est pas aux Français qu’il faut demander pourquoi ils occupent les places qu’ils occupent dans leur propre pays, mais pourquoi la communauté à laquelle appartient Fogiel en occupe tant ? La poser, c’est encourir de sérieuses conséquences judiciaires voulues par ladite communauté, décidément très influente.

Il faudrait tout de même interroger cet “homme blanc” à ce sujet.

Il ne s’agit évidemment pas de réclamer demain matin un casting de la France avec une calculette et des quotas à chaque table. Ce serait absurde. Je n’ai d’ailleurs pas de solution toute faite – et je me méfie généralement de ceux qui en ont.

Il est d’ailleurs frappant de constater que, dans le débat politique, cette réalité reste encore peu regardée comme telle.

La France insoumise, elle, parle beaucoup de la « nouvelle France ». On peut approuver ou combattre tout ce que LFI propose par ailleurs ; ce n’est pas mon sujet ici. On pourrait aussi observer que ses propres affiches électorales ne sont pas toujours le miroir parfait de la diversité qu’elle revendique. Mais il faut lui reconnaître une chose : elle a compris qu’une partie du pays voulait être vue, nommée, représentée. Elle a intégré cette donnée à son récit politique.

Qu’on ne se méprenne surtout pas : il n’y a là, de ma part, aucun engagement politique, ni soutien, même implicite, aux réponses proposées par LFI. Je ne les juge même pas ici. Je reste à ma place de journaliste : je constate simplement qu’elle a identifié une réalité que les autres gagneraient, eux aussi, à regarder en face, quitte à y apporter des réponses radicalement différentes.

“En tant qu’homme blanc, je ne soutiens nullement LFI, et je suis parfaitement neutre, mais pourquoi vous refusez encore d’être dirigés par des noirs et des arabes ?”

Car lorsqu’un sujet réel n’est regardé que par une seule famille politique, on finit par lui abandonner à la fois le diagnostic, les mots et les réponses.

La représentation n’est pas seulement une affaire de bons sentiments. Elle concerne la cohésion d’un pays. Elle concerne le sentiment d’appartenance. Elle concerne même, très concrètement, la capacité d’une entreprise à comprendre les gens auxquels elle vend ses produits, qu’elle recrute ou qu’elle prétend représenter.

Mercredi soir, à Roland-Garros, il n’y avait évidemment pas une assemblée de gens hostiles à la diversité. C’est presque l’inverse qui m’a troublé. Personne ne semblait avoir décidé de fabriquer ce monde-là. Il s’était constitué tout seul. Un monde sous cloche.

Un monde où l’on échange, où l’on travaille, où l’on se recommande, où l’on recrute probablement aussi parfois dans des cercles qui finissent par se reproduire. Un monde parfaitement contemporain dans ses discours et étrangement ancien lorsqu’on prend simplement quelques mètres de recul pour le regarder. La planète des Blancs.

Sauf que cette planète n’existe pas. Il suffit de ressortir de Roland-Garros, de prendre le métro, de marcher dans Paris, Marseille, Bordeaux, Lyon, Lille ou n’importe quelle grande ville française pour retrouver le pays réel. Pas celui qu’on voudrait qu’il soit. Pas celui que certains redoutent qu’il devienne. Celui qu’il est.

Je crains une nouvelle fois que Fogiel ne décrive en fait la “planète des juifs”.

Celle “où l’on échange, où l’on travaille, où l’on se recommande, où l’on recrute probablement aussi parfois dans des cercles qui finissent par se reproduire”.

Cette planète juive existe et je doute que Fogiel contesterait son existence au prétexte qu’en sortant d’un dîner du CRIF on ne retrouve pas de juifs dans le métro ou dans la rue.

D’ailleurs, Fogiel déclarait au journal Le Monde en 2009 :

“Aujourd’hui, j’ai un sentiment d’appartenance, qui n’est peut-être pas vraiment lié à la croyance. Après avoir longtemps négligé d’aller en Israël, j’y suis allé en 2008 et j’ai été ébranlé.”

Si la France, avec 450 000 juifs pour une population de 69 millions d’habitants, dispose d’une planète juive, on peine à comprendre pourquoi les 50 millions de Blancs qui y vivent ne formeraient pas une “planète” bien réelle ?

Il est peu probable que le “problème” que Fogiel est certain d’avoir découvert doive se poser à “Israël”, sa nouvelle patrie de coeur.

Et c’est justement parce que je ne veux pas transformer ce constat en posture militante que je crois nécessaire de le formuler.

Je ne sais pas comment on corrige cela. Je ne sais pas quelle part relève de l’école, du recrutement, des réseaux, de l’ascenseur social, de nos habitudes ou de mécanismes beaucoup plus profonds. Je sais seulement qu’une société dans laquelle une partie importante de la population regarde les lieux de pouvoir sans s’y reconnaître suffisamment fabrique inévitablement de la frustration, de la défiance et, tôt ou tard, du conflit.

Je ne demande à personne de battre sa coulpe. Je ne bats d’ailleurs pas la mienne. Je demande simplement qu’on regarde la photo. Parce qu’avant de chercher des solutions, encore faut-il accepter de voir le problème.

Mercredi soir, à Roland-Garros, il sautait aux yeux. Enfin, aux miens.

Nous y venons enfin, mais il aura fallu décoder : immigré d’origine juive, Fogiel ne s’est jamais “reconnu” dans la France française, et a toujours ressenti une distance avec les Français — “la planète des Blancs”.

Non pas seulement ceux du haut, mais surtout ceux du bas que regardait Fogiel “sans s’y reconnaître” depuis sa position médiatique dominante, fabriquant chez lui “de la frustration, de la défiance et, tôt ou tard, du conflit.”

Et ce conflit, Fogiel aimerait le régler en noyant les Blancs sous le torrent de l’immigration du tiers-monde. Là, enfin, cet immigré juif sentirait sa “frustration” parasitaire s’apaiser.

Hélas, le confort du parasite n’est pas vraiment un sujet, surtout lorsque l’on compte 450 000 têtes face à 50 millions.

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