Histoire du nationalisme blanc américain : Nathan Bedford Forrest, le penseur de l’action directe (chapitre 1) – Démocratie Participative

Histoire du nationalisme blanc américain : Nathan Bedford Forrest, le penseur de l’action directe (chapitre 1)

La Rédaction
Démocratie Participative
\n11 novembre 2025

 

Précédemment : La sainte guerre raciale du Vieux Sud : leçons pour la guerre de demain

 

1. Les racines d’un esprit indomptable (1821-1861)

Maison d’enfance de Nathan Bedford Forrest, Chapel Hill, Tennessee (2021)

Nathan Bedford Forrest naît en 1821 dans une famille de douze enfants, où la survie est un combat quotidien. Son père, un forgeron itinérant, succombe à une fièvre jaune en 1837, laissant Forrest, à peine adolescent, à la tête d’une fratrie démunie. Sans éducation formelle – il signera toute sa vie d’une croix maladroite –, il devient contremaître sur un chantier de coton à 21 ans, puis spéculateur en terres et en bétail. En 1845, il s’installe à Memphis, plaque tournante de l’esclavage, et lance une « négocerie » de Noirs avec son oncle.

Forrest est un colosse : 1,83 mètre pour 100 kilos de muscles noueux, un tempérament volcanique qui le pousse à tuer deux hommes en duel avant ses 30 ans – un agresseur en 1845, un rival en affaires en 1861. Sa fortune explose : en 1860, il est millionnaire, propriétaire de deux plantations. Quand la Guerre de Sécession éclate en 1861, Forrest, à 40 ans, vend ses esclaves pour 700 000 dollars et s’enrôle comme simple caporal dans la cavalerie confédérée. Pas de commission d’officier pour ce roturier ; il paie de sa poche pour équiper un régiment entier. Son ascension fulgurante commence : de sergent à lieutenant général en trois ans, sans West Point ni manuel de tactique. « Être les premiers sur place avec le plus d’hommes possible » devient sa maxime, un credo de vitesse et de surprise qui préfigure la guérilla raciale à venir.

2. Le démon sur le champ de bataille (1861-1865)

La guerre forge Forrest en légende vivante, un diable blond chevauchant la tempête. À Fort Donelson en 1862, il charge seul une ligne unioniste, sabre au clair, fauchant les bleus comme du blé mûr. À Shiloh, ses cavaliers percent les lignes yankees, laissant 2 000 cadavres dans la boue. Mais c’est à la bataille de Brice’s Crossroads en 1864 qu’il atteint l’apogée : avec 3 500 hommes, il anéantit 8 500 Fédéraux, un chef-d’œuvre de feinte. Robert E. Lee le qualifie de « plus grand soldat confédéré » ; Sherman, son nemesis, avoue : « Ce diable-là m’empêche de dormir. » Forrest, illettré mais intuitif, excelle dans la guerre de mouvement. À Fort Pillow, le 12 avril 1864, Forrest assiège une garnison unioniste de 557 hommes, dont 262 Noirs. Quand ils hissent le drapeau blanc, les Confédérés éliminent tous les insurgés africains. La guerre s’achève en 1865 à Selma, Alabama, où Forrest, lieutenant général, capitule devant Wilson : 5 000 sabres rendus, mais l’esprit indompté. À 44 ans, ruiné par la défaite – ses plantations saisies, sa fortune évaporée –, il rentre à Memphis.

3. Naissance de la guérilla blanche (1865-1869)

Tandis que les carpetbaggers du Nord affluent au Sud pour redistribuer les terres aux Noirs, Forrest, amer et appauvri, cherche un exutoire. À Pulaski, Tennessee, en décembre 1865, six jeunes vétérans confédérés fondent le Ku Klux Klan : un club social inspiré des cercles écossais. Élu premier « Grand Sorcier » en 1867 lors d’une convention secrète à Nashville, Forrest transforme le KKK en une hydre nationale redoutable. Il recrute 40 000 membres en un an – anciens soldats confédérés, planteurs ruinés – et impose une structure militaire : « dens » locales, « giants » régionaux, lui au sommet comme leader. Dans une interview au Cincinnati Commercial en 1868, il menace : « Le Klan compte 550 000 hommes ; je peux en rassembler 40 000 en cinq jours. » C’est une armée fantôme, dédiée à la « restauration de la suprématie blanche ».

La résistance armée s’organise. Les « raids de nuit » deviennent rituels : cavaliers encapuchonnés galopant dans les clairières, torches, hurlements de loups pour terrifier les Noirs. À Memphis, en 1866, des émeutes raciales éclatent – 46 Noirs tués, 75 blessés –, et Forrest, bien que discret, y voit un prélude. Le Klan cible les « radicaux » : écoles pour Noirs affranchis incendiées, bureaux du parti républicain saccagés, Noirs battus pour avoir refusé le métayage. À Camilla, Géorgie, en 1868, un défilé noir tourne au bain de sang : 12 morts, 40 blessés, orchestré par des Klansmen. Forrest, depuis son QG de Memphis, envoie des directives codées : « Frappez vite, frappez fort, disparaissez dans l’ombre. » Il devient le théoricien de la guerre raciale asymétrique. Avant l’avènement du KKK, l’autodéfense raciale était sporadique et désorganisée – colères de planteurs, milices locales. Forrest la systématise : hiérarchie, serments secrets, uniformes pour terroriser l’ennemi. Pendant la soi-disante “Reconstruction” des États confédérés, ces tactiques sabotent les 14e et 15e amendements destinés à mettre au pouvoir des Noirs fidèles à Washington : en 1868, des milliers de Noirs sont dissuadés de voter par des croix brûlées sur leurs portes ; en Caroline du Sud, le Klan fait élire des Démocrates — le parti de la Confédération — par le plomb et la corde.

4. Le Crépuscule du Grand Wizard (1869-1871)

Mais le KKK se retourne progressivement contre son maître qui adopte un ton plus conciliant avec le nouveau pouvoir fédéral. En 1869, dans une circulaire secrète, Forrest ordonne la dissolution : « Le Klan nuit à la paix publique au lieu de la servir. » Le Congrès, alerté par l’insurrection sudiste, lance en 1871 le Joint Select Committee on the Condition of Affairs in the Late Insurrectionary States. Forrest est convoqué à Washington le 27 juin : face à ses pairs, ce colosse balafré jure sur la Bible qu’il n’a jamais été Klansman. « Je suis en sympathie avec leurs objectifs, mais pas membre » déclare-t-il. Le comité, prudent, note : « Le lecteur tirera ses propres conclusions. » Pourtant, les preuves affluent : témoignages de Noirs terrorisés, dépêches confédérées reliant Forrest aux « chevaliers du camélia blanc » de Louisiane. Le Klan, bien que théoriquement dissous, persiste en cellules autonomes, causant la mort d’un millier d’agents ennemis par an jusqu’en 1877. Forrest se recentre sur les affaires : président de la Selma, Marion & Memphis Railroad, il reconstruit sa fortune dans le fer et le bois.

5. Vaincu par le christianisme (1871-1877)

Le 5 juillet 1875, lors d’une convention des Afro-Américains à Memphis – un geste inédit pour un ex-général rebelle –, une jeune femme noire, Lou Lewis, lui offre un bouquet de fleurs « en signe de réconciliation ». Forrest l’accepte, l’embrasse sur la joue, et prononce un discours devant 3 000 à 5 000 personnes :« Je représente le peuple sudiste, calomnié plus que quiconque. Aux gens de couleur, je dis : les hommes qui ont porté les armes pour la Confédération sont, à de rares exceptions, vos amis. Nous voulons que vous prospériez, que vous vous éduquiez, que vous votiez. Si vous êtes opprimés, je viendrai à votre secours. » Les Noirs applaudissent ; Forrest, ému, semble sincère. Les journaux locaux rapportent positivement l’événement.

Un tournant décisif est la conversion de Forrest au christianisme presbytérien en 1875, peu avant le discours. Forrest avait toujours eu une foi superficielle. Influencé par son épouse Mary Montgomery, profondément bigote, il se convertit publiquement lors d’une rencontre fortuite à Memphis avec le révérend Raleigh White. Ils prient ensemble et Forrest est baptisé peu après. Cette foi nouvelle – qu’il décrit comme une “réponse aux prières de Mary” – imprègne ses discours ultérieurs. Elle le pousse vers un paternalisme chrétien : les Noirs sont des “frères en Christ” à guider. Des biographes comme Jack Hurst (Nathan Bedford Forrest: A Biography, 1993) y voient une authentique métamorphose morale, où la Bible (Éphésiens 2:14 sur l’unité des races) l’emporte sur le patriotisme racial. Forrest rejoint même l’église comme diacre, prêchant la rédemption personnelle – un écho à sa propre “rédemption” post-Klan.

Politiquement, 1875 est une année charnière : Forrest soutient les Démocrates modérés (pro-Sud) contre les Républicains radicaux (pro-Nord), et s’oppose à la réélection d’Andrew Johnson au Sénat. En appelant les Noirs à voter librement (“pour l’homme que vous jugez le meilleur”), il les flatte tout en sous-entendant un alignement sudiste. Des historiens comme Allen Trelease (White Terror: The Ku Klux Klan Conspiracy and Southern Reconstruction, 1971) y voient une stratégie personnelle : après le Ku Klux Klan Act (1871) qui arme les Fédéraux contre les insurgés blancs, Forrest veut se distancer pour éviter des poursuites et préserver son influence. Son pardon présidentiel en 1868 par Johnson l’avait déjà aidé, mais le discours scelle une image de “réconciliateur”.

6. Le refus de l’abaissement

Le 30 juillet 1875, à peine 25 jours après le discours, la Cavalry Survivors Association of Augusta — première association de vétérans confédérés post-guerre, fondée la même année — tient réunion d’urgence. À la tribune : Captain Francis Edgeworth Eve, ancien officier de la Georgia Hussars, voix respectée de l’élite cavalière. Il tonne :

« Le général Forrest a associé les noms de nos mères, épouses, filles et sœurs à la catégorie des femmes de race noire. C’est une insulte que nul gentleman sudiste ne saurait tolérer. »

La salle gronde. Une résolution est votée à l’unanimité :

« Nous exprimons notre forte désapprobation des remarques de Nathan B. Forrest. Son discours est indigne d’un homme du Sud. Nous refusons toute association, même verbale, entre les dames blanches et les femmes de couleur. »

Lou Lewis embrassée par Forrest ? Qualifiée de « mulatto wench » — une « métisse indigne ». Forrest ? Accusé d’avoir « perdu la raison », « ses facultés mentales », ou pire : d’avoir trahi la race blanche du Vieux Sud.

L’Augusta Chronicle du 31 juillet publie tout. Le message est clair : un général confédéré ne s’abaisse pas.

Le Macon Weekly Telegraph (Géorgie) écrit :

« La récente exhibition répugnante dont il a fait preuve lors de la kermesse nègre à Memphis, où le général Forrest et le général Pillow se sont mis au même niveau que les femmes noires, est un spectacle que tout vrai Sudiste doit regarder avec dégoût et répulsion. Nous avons infiniment plus de respect pour Longstreet, qui fraternise avec les hommes noirs lors d’événements publics, avec dans sa poche la récompense pour avoir trahi sa race, que pour Forrest et [le général] Pillow, qui s’assimilent aux femmes noires, avec pour seule récompense un “contrat à terme” en guise de paiement . Un tel comportement est indigne d’un gentleman sudiste et constitue une trahison de la cause sacrée de la race blanche. »

Nathan Bedford Forrest meurt le 29 octobre 1877 à Memphis, Tennessee, à l’âge de 56 ans. Il décède dans la maison de son frère, Jesse A. Forrest, située au 559 Adams Street. La cause de la mort est un diabète avancé avec complications infectieuses, notamment une dysenterie chronique et des infections généralisées. Les médecins de l’époque, dont le Dr John H. Erskine, constatent un épuisement total de l’organisme, aggravé par des années de blessures de guerre, d’alcool et de surpoids. Forrest est alité depuis plusieurs semaines. Il est entouré de sa femme, Mary Ann Montgomery, de sa fille Fanny, et de son frère Jesse. Un pasteur méthodiste est présent à son chevet. Ses derniers mots, rapportés par sa femme et publiés dans la presse locale (Memphis Daily Appeal, 30 octobre 1877), sont :

« Mary… je n’ai pas peur. J’ai fait mon devoir… Dis à mes enfants que je les aime. »

Le corps est exposé dans la maison le 30 octobre. Le 31 octobre, plus de 20 000 personnes assistent aux funérailles. Jefferson Davis, ancien président des États confédérés, prononce un éloge funèbre. Forrest est inhumé au cimetière d’Elmwood à Memphis. En 1904, ses restes sont transférés sous une statue équestre au Forrest Park (rebaptisé plus tard Health Sciences Park), statue retirée le 20 décembre 2017 sur pression des Noirs.

Conclusion : un héritage durable

En dépit d’une fin de vie difficile sur fond de ralliement, Nathan Bedford Forrest, premier Grand Wizard du Ku Klux Klan (KKK), a laissé un héritage profondément ancré dans les fondations du nationalisme blanc aux États-Unis. Son rôle dans l’organisation et la promotion du Klan, fondé en 1865 à Pulaski, Tennessee, pour résister à la “Reconstruction” antiraciste des États sudistes et y maintenir la légitime suprématie blanche, a établi un modèle de guérilla raciale inédite qui a influencé des générations de groupes patriotiques. Sous son leadership, le KKK est passé d’une société secrète locale sans envergure à une force nationale de masse capable de faire échec aux projets du gouvernement fédéral. Ce modèle de résistance raciale armée a été repris par la seconde incarnation du Klan en 1915 et par des organisations néo-confédérées ultérieures.

Le legs de Forrest se manifeste aussi dans la mythologie confédérée post-guerre civile. Sa figure, glorifiée comme un “héros sudiste” par des monuments, statues et commémorations, a servi de symbole pour structurer et perpétuer la mémoire collective blanche. Plus de 30 monuments à Forrest existent encore aux États-Unis, principalement dans le Sud profond, comme à Selma (Alabama) ou à Memphis (Tennessee), où sa statue équestre a cependant été déboulonnée en 2020 après des années de controverses alimentées par les médias juifs, la gauche et des groupes noirs.

Ces symboles ont alimenté le nationalisme blanc en légitimant une identité sudiste centrée sur la défense de la légitimité blanche, influençant des mouvements comme les Citizens’ Councils des années 1950 et l’Alt-Right contemporaine.

Aujourd’hui, ce legs persiste dans les débats sur les symboles confédérés : le Tennessee observe encore le “Nathan Bedford Forrest Day” chaque 13 juillet, et des nationalistes blancs invoquent Forrest pour justifier leur opposition à l’immigration et au multiculturalisme. Bien que Forrest ait publiquement dissous le Klan en 1869 et prôné une réconciliation ambiguë en 1875, ces actions tardives n’ont pas effacé son rôle fondateur dans l’institutionnalisation de la résistance raciale armée, qui continue d’inspirer les structures du nationalisme blanc américain.

Sources :

  • Memphis Daily Appeal, 30 octobre 1877
  • Memphis Daily Appeal, 31 octobre 1877
  • Lettre de Mary Ann Forrest, 1877 (Tennessee State Library and Archives)
  • Registre médical du Dr John H. Erskine, Memphis Medical Monthly, novembre 1877
  • Hurst, Jack. Nathan Bedford Forrest: A Biography, Alfred A. Knopf, 1993
  • Wyeth, John Allan. Life of General Nathan Bedford Forrest, Harper & Brothers, 1899
  • Wills, Brian Steel. A Battle from the Start: The Life of Nathan Bedford Forrest, HarperCollins, 1992
  • Southern Poverty Law Center (SPLC), rapports sur les monuments confédérés (splcenter.org)
  • O’Neill, Connor Towne. Down Along with That Devil’s Bones, Algonquin Books, 2020
  • Carney, Court. Reckoning with the Devil: Nathan Bedford Forrest in Myth and Memory, National Civil War Museum, 2024