“Doudou Cross Bitume”, le Lupin du 93 à l’origine du vol du Louvre – Démocratie Participative

“Doudou Cross Bitume”, le Lupin du 93 à l’origine du vol du Louvre

La Rédaction
Démocratie Participative
\n04 novembre 2025

Abdoulaye N., connu sous le sobriquet de “Doudou Cross Bitume”

C’est le nouveau Lupin fronssais !

Le Parisien :

Il est surnommé « Doudou Cross Bitume ». Ou encore « La légende du motocross ». Derrière ces alias, un certain Abdoulaye N., 39 ans aujourd’hui, un ancien gamin d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où il est né et reste domicilié. Regard reptilien, bandana noué autour de son crâne rasé, il a fait rêver des générations d’adolescents depuis ses premières vidéos à la fin des années 2000 diffusées sur YouTube et Dailymotion jusqu’à ses stories contemporaines sur TikTok.

Sur certaines séquences, encore en ligne après 16 ans et vues par près de 700 000 personnes, on le voit réaliser des figures acrobatiques en motocross ou réaliser des périples audacieux entre le quartier du Landy dans le 93, où il a grandi, jusqu’aux Champs-Élysées ou la place du Trocadéro à Paris. Avec un slogan qui a traversé les années : « Toujours plus près du bitume ».

Récemment, « Doudou », qui a pris de l’âge, préférait se filmer durant ses séances de musculation de rue ou en train de dispenser des cours de moto « aux petits » de son quartier. Mais depuis fin septembre, ses comptes sur les réseaux sociaux sont muets. Et pour cause : Abdoulaye N. est aujourd’hui soupçonné d’être l’un des cambrioleurs du casse du siècle au musée du Louvre, le 19 octobre.

Mis en examen et écroué pour « vol en bande organisée » et « association de malfaiteurs » le 29 octobre, il est soupçonné d’être l’un des deux hommes ayant pénétré, à l’aide d’une nacelle, dans la galerie d’Apollon pour faire main basse sur de précieux joyaux de la Couronne de France. Un butin toujours introuvable, estimé à 88 millions d’euros mais à la valeur patrimoniale inestimable.

Doudou Cross Bitume a mis à genoux l’État français.

Le profil d’Abdoulaye – « Doudou » tranche avec ce cambriolage historique dans le musée le plus visité au monde. Loin d’être issu du milieu du grand banditisme, cet enfant d’Aubervilliers apprécié de son quartier était surtout connu jusqu’ici pour des délits de moindre importance et sa propension à enchaîner les petits boulots.

Lors de sa garde à vue dans les locaux de la Brigade de répression du banditisme (BRB) de Paris, ce trentenaire père de famille a semblé dépassé par l’ampleur des faits. Après avoir gardé le silence, il a reconnu avoir participé au cambriolage, expliquant avoir agi sur commande d’individus non identifiés.

Cette version de petites mains téléguidées par une organisation criminelle a aussi été livrée par son complice présumé Ayed G., l’autre homme soupçonné d’être entré dans la galerie d’Apollon. Celui-ci a évoqué la possible piste d’un commanditaire à l’étranger, sans livrer de nom.

Devant les enquêteurs, les deux hommes ont tous les deux fait des déclarations très surprenantes. L’un a ainsi affirmé qu’il ignorait cambrioler le Louvre, pensant que le musée se trouvait uniquement… du côté de la pyramide. Tandis que l’autre croyait faire irruption dans un établissement fermé, vide de tout visiteur un dimanche.

Des profils de compagnons de galère peu dégourdis, loin d’être des Mesrine, qui intriguent les enquêteurs, déconcertés par le nombre d’indices génétiques laissés par le duo sur la scène de crime. À l’évidence, les deux suspects ne semblent pas les cerveaux du casse mais les maillons d’une chaîne complexe. Les policiers explorent encore toutes les hypothèses s’agissant du réseau œuvrant en coulisse : criminalité organisée, réseau de trafic d’art, voire un mélange des deux.

Né en janvier 1986, Abdoulaye N. dispose d’un casier judiciaire faisant état de 15 mentions. À 16 ans, il est arrêté pour détention et transport de stupéfiants. Devenu majeur, il adopte le pseudonyme « Doudou bitume motocross », devient l’égérie des rodéos moto sur les réseaux sociaux et multiplie durant ces années-là les condamnations pour conduite sans permis, mise en danger d’autrui, délit de fuite, rébellion ou encore refus d’obtempérer.

Le 31 mai 2014, une affaire plus sérieuse va le conduire en prison. Ce matin-là, il aurait fait irruption avec deux autres complices, tous armés de faux fusils d’assaut, dans une bijouterie… de Barbès (XVIIIe arrondissement de Paris) où ils auraient dérobé des bijoux. Ils auraient ensuite pris la fuite à bord de puissants scooters T-Max, maquillés avec des plaques d’immatriculation de voitures.

Si l’action a pu paraître spectaculaire, la cible modeste — loin d’être un établissement de luxe — et le butin faible ont surtout donné l’impression d’un coup bas de gamme. Ce qui n’empêche pas « Doudou » d’être condamné à trois ans de détention le 31 décembre 2015 par le tribunal correctionnel de Paris. Parmi les autres suspects comparaissant avec lui dans le box des prévenus figure alors un certain Slimane K., l’un de ses futurs complices présumés au Louvre dix ans plus tard. Également originaire d’Aubervilliers, il est le troisième membre du commando mis en examen pour le casse du musée, soupçonné d’être resté à l’extérieur de la galerie et d’avoir conduit le scooter.

À l’époque, les examens de personnalité font apparaître qu’Abdoulaye N. a tenté plusieurs fois de s’insérer, en enchaînant des travaux de préparateur de commandes chez Toys R Us, de manutentionnaire à UPS ou encore… d’agent de sécurité au musée Beaubourg, le centre Pompidou (Paris), ou au musée précaire Albinet (Aubervilliers). En couple avec une jeune femme avec laquelle il a plusieurs enfants, il se trouve alors dans une situation de précarité avec de nombreux impayés.

Son enfance est par ailleurs décrite comme très solitaire. Le jeune homme est le fils d’un père ayant eu 23 enfants de trois unions différentes, parti vivre sa retraite au Mali après avoir travaillé à l’aéroport de Roissy, et d’une mère retraitée vivant en Seine-Saint-Denis. Il a arrêté sa scolarité en quatrième au collège.

À sa sortie de prison, Abdoulaye N. reprend une activité professionnelle par le biais d’une agence d’intérim. Mais en 2019, il est mis en cause dans une nouvelle affaire judiciaire qui se soldera par un fiasco. Au mois de mars de cette année-là, la société de gestion de parking souterrain Effia à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) est victime d’un vol par effraction. Un coffre-fort a été fracturé dans le bureau du gérant et 18 000 euros dérobés. Abdoulaye N. est alors suspecté d’avoir commis le larcin car une voiture qu’il utilisait parfois est vue à proximité du parking par les caméras.

Mais au terme de l’instruction, qui aura duré près de cinq ans, le pilote de motocross bénéficie d’un non-lieu. Contrairement à ce qu’avaient indiqué les autorités judiciaires après le vol au Louvre, Abdoulaye N. ne va pas comparaître dans ce dossier pour vol aggravé mais pour de simples dégradations. Il lui est en effet simplement reproché d’avoir brisé un miroir du commissariat d’Aulnay ainsi que la serrure de sa cellule lors de sa garde à vue.

Son procès doit se tenir ce mercredi 5 novembre à Bobigny. Sollicités, ses avocats n’ont pas souhaité s’exprimer. Depuis cette affaire, l’homme n’a plus eu affaire à la justice pour des vols et officiait comme chauffeur de taxi clandestin les week-ends.

Abdoulaye et ses complices présumés — dont un quatrième est encore recherché — devraient être réentendus dans les prochains mois pour comprendre quand et dans quelles circonstances ils ont été recrutés pour commettre le vol du Louvre. En attendant, les vidéos de « Doudou Cross Bitume », héritage d’un Internet d’antan, continuent d’attirer quelques nostalgiques. « Rends les bijoux de la couronne », plaisante l’un des internautes, qui a fait le lien, comme beaucoup à Aubervilliers grâce à la rumeur de quartier, entre ce trentenaire au bagou certain et le commando du casse du siècle.

En fin de compte, c’était une bonne idée de caster Omar Sy pour jouer dans Lupin.