19 aout 14 : mort du divin Auguste

La Rédaction
Démocratie Participative
\n19 août 2026

Le 19 août de l’an 14 de notre ère, à Nole en Campanie, dans la même chambre où était mort son père biologique, s’éteignit l’Imperator César, fils du Divin, Auguste. Suétone précise qu’il mourut « le quatorzième jour avant les calendes de septembre, à la neuvième heure », à trente-cinq jours de son 76ème anniversaire (Vie d’Auguste, 100).

1. Une vie sous le regard des dieux

Le temple d’Apollon Sosianus, sur le Champ de Mars à Rome

Dès sa naissance, la biographie d’Octave est tissée de signes divins. Suétone consacre un long chapitre (Auguste, 94) aux prodiges qui annoncèrent sa grandeur. Parmi eux figure le récit d’Asclépias de Mendès : Atia, sa mère, s’étant endormie dans le temple d’Apollon lors d’une cérémonie nocturne, fut visitée par un serpent. À son réveil, une marque en forme de dragon apparut sur son corps ; neuf mois plus tard naquit Auguste, « tenu pour fils d’Apollon ».

Reconstitution du temple d’Apollon Sosianus

La même Atia rêva que ses entrailles s’étendaient jusqu’aux étoiles ; le père d’Octave vit le soleil se lever du ventre de son épouse. Ces récits, loin d’être de simples légendes tardives, circulaient déjà de son vivant et fondaient une légitimité sacrée. Toute sa vie, Auguste cultiva une relation privilégiée avec Apollon. Après la foudre tombée sur un terrain du Palatin qu’il destinait à sa demeure, les haruspices interprétèrent le signe comme une volonté du dieu : il y construisit le temple d’Apollon, dédié en 28 avant notre ère (Res Gestae, 19 ; Suétone, Auguste, 29). Ce sanctuaire, relié à sa propre maison, matérialisait la proximité entre le princeps et son protecteur. Apollon, dieu de l’ordre, de la purification et de la prophétie, s’opposait symboliquement au chaos des guerres civiles. En plaçant son destin sous ce patronage, Auguste affirmait que la paix qu’il apportait n’était pas seulement politique, mais cosmique.

Le palais d’Auguste sur le Palatin

Sa piété se traduisait aussi par l’exercice des sacerdoces. Augure, puis membre de plusieurs collèges, il devint pontifex maximus en 12 avant notre ère, à la mort de Lépide, qu’il avait refusé de dépouiller de sa charge de son vivant (Res Gestae, 10 ; Suétone, Auguste, 31). Dans la mentalité romaine, le magistrat est un médiateur rituel. Auguste prit ce rôle au sérieux : il purifia les Livres sibyllins, en brûla plus de deux mille exemplaires apocryphes et déposa les textes authentiques sous la statue d’Apollon Palatin.

2. Reconstruire le pacte avec les dieux

Les guerres civiles avaient rompu la pax deorum, la paix avec les dieux. Temples ruinés, collèges sacerdotaux dépeuplés, rites interrompus : pour un Romain, ces désordres étaient le signe que les dieux s’étaient détournés de la cité. Auguste répondit par une politique systématique de restauration.

Dans les Res Gestae (20, 4), il déclare :

« Dans mon sixième consulat [28 avant notre ère], j’ai restauré quatre-vingt-deux temples des dieux dans la Ville, en vertu d’un sénatus-consulte, sans en négliger aucun qui eût alors besoin de réparations. »

Chaque temple relevé rétablissait un canal de communication avec une puissance divine. Il construisit ou restaura également le temple de Mars Ultor, ceux de Jupiter Tonnant et Férétrien, le temple du Divin Jules, le Lupercal, et bien d’autres (Res Gestae, 19-21).

Denier en argent à l’effigie d’Auguste commémorant les Jeux Séculaires, frappé à Rome en 16 avant notre ère

Le sommet de cette action fut les Jeux séculaires de 17 avant notre ère. Célébrés selon les prescriptions des Livres sibyllins, ils marquèrent le passage d’un saeculum à un autre. Horace composa pour l’occasion le Carmen Saeculare, chanté par des chœurs de jeunes gens et de jeunes filles sur le Palatin et le Capitole. L’hymne invoque Apollon et Diane, demande aux dieux la prospérité de Rome, la fertilité et la durée de l’Empire. Auguste et Agrippa y offrirent les sacrifices. Ces jeux n’étaient pas une innovation pure : ils s’inscrivaient dans une tradition antique que le princeps restaura et réorienta vers le nouvel ordre.

Sa législation morale s’inscrivait dans la même logique. Pour les Romains, la pietas et la castitas conditionnaient la bienveillance des dieux. Un peuple corrompu attirait la colère céleste ; un peuple discipliné la méritait.

3.La politique d’Auguste

Temple dédié au divin Auguste, Barcelone, érigé par Tibère

Auguste mena une politique religieuse cohérente visant à restaurer l’ordre sacré romain après les guerres civiles, tout en adaptant la religion aux réalités du nouvel Empire.

Il s’attacha d’abord à restaurer et renforcer les cultes traditionnels romains. Dans ses Res Gestae (20, 4), il affirme avoir restauré quatre-vingt-deux temples dans la Ville en 28 av. J.-C., « sans en négliger aucun qui eût alors besoin de réparations ». Il reconstruisit ou embellit également des sanctuaires majeurs : le temple d’Apollon sur le Palatin (dédié en 28 av. J.-C.), le temple de Mars Ultor dans son forum, les temples de Jupiter Tonnant et Férétrien sur le Capitole (Res Gestae, 19-21 ; Suétone, Auguste, 29). Il réorganisa les collèges sacerdotaux et, en 12 av. J.-C., devint pontifex maximus à la mort de Lépide (Suétone, Auguste, 31 ; Res Gestae, 10). Le point culminant de cette restauration fut l’organisation des Jeux séculaires en 17 av. J.-C., célébrés selon les Livres sibyllins. Horace composa pour l’occasion le Carmen Saeculare, chanté par des chœurs de jeunes gens et de jeunes filles en l’honneur d’Apollon et de Diane.

Auguste, premier empereur de Rome, était blond et avait les yeux gris/bleus

Parallèlement, Auguste promut le culte impérial naissant. De son vivant, on vénéra son genius (le dieu associé à sa personne, à l’instar de chaque personne) dans les cultes domestiques et publics. Après sa mort en 14 ap. J.-C., le Sénat le divinisa sous le nom de Divus Augustus. Un temple lui fut dédié à Rome et son culte se répandit dans les provinces (Suétone, Auguste, 100-101 ; Dion Cassius, Histoire romaine, LVI).

Il intégra certains cultes provinciaux dans le cadre de l’Empire tout en maintenant la primauté de la religion civique romaine. Les élites locales étaient encouragées à honorer Rome et Auguste, mais les cultes traditionnels de la Ville restaient le modèle et la référence. Enfin, Auguste favorisa un syncrétisme pragmatique : les dieux locaux étaient souvent identifiés à des divinités romaines ou grecques (un dieu celte assimilé à Mars, une déesse orientale à Vénus ou Isis, etc.). Cette pratique facilitait l’intégration des populations sans imposer un système idéologique unique. L’action religieuse d’Auguste fut celle d’un restaurateur de la tradition romaine et d’un organisateur de l’Empire, non celle d’un réformateur idéologue.

4. Le prince comme figure polythéiste

Auguste n’a pas inventé le culte impérial, mais il en a rendu possible l’émergence dans un cadre profondément polythéiste. De son vivant, il refusa les temples en son seul nom à Rome, tout en acceptant des honneurs qui le plaçaient au plus près des dieux (Suétone, Auguste, 52). Après sa mort, le Sénat le divinisa : il devint Divus Augustus. Cette apothéose s’inscrivait dans une tradition déjà présente avec Romulus et, plus récemment, avec César. Un grand homme pouvait, par ses bienfaits et par la faveur des dieux, franchir le seuil qui sépare les mortels des immortels.

Ce qu’Auguste a incarné, c’est la figure du médiateur parfait dans un univers peuplé de puissances multiples. Il fut le prince qui savait lire les signes, honorer chaque divinité selon son rite propre et maintenir l’équilibre entre les hommes et les dieux. Dans un monde où la religion était un système de relations rituelles, politiques et cosmiques, il représenta le modèle du gouvernant pieux.

Il incarna aussi une certaine idée de la fortuna et de la virtus. La fortuna est à la fois une déesse et un concept. Elle représente la chance, le hasard, le destin, la prospérité ou l’infortune qui arrivent indépendamment de la volonté humaine, ce que les dieux accordent ou retirent. La virtus (du latin vir = « homme ») désigne l’ensemble des qualités qui font le véritable homme romain. Elle regroupe le courage et la vaillance au combat, l’énergie, la force de caractère, l’excellence morale et civique, la capacité à agir avec fermeté, discipline et honneur. Ce n’est pas seulement une « vertu » au sens moderne (morale abstraite). C’est une qualité active, virile et orientée vers l’action.

Les dieux ne donnent pas leur faveur au hasard : ils la donnent à celui qui, par sa conduite, la mérite. De l’adolescent fragile des années 40 avant notre ère au vieil homme d’état respecté de l’an 14, Auguste offrit l’image d’un homme constamment accompagné, guidé et protégé — et finalement accueilli parmi les dieux.

Principales sources antiques :

  • Suétone, Vie d’Auguste (surtout 29, 31, 94, 99-100) ;
  • Res Gestae Divi Augusti (surtout 10, 19-21) ;
  • Horace, Carmen Saeculare ;
  • Dion Cassius, Histoire romaine (livres 49-56 pour le contexte)

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