Leutnant
Démocratie Participative
\n23 septembre 2025

Camille, prénom modifié, est la première des plaignantes à avoir pris la parole vendredi dernier devant la cour d’assises du Val-de-Marne. Âgée de 23 ans au moment des faits en 2015, elle avait rencontré Salim Berrada via Facebook, séduite par la qualité de ses photos. Invitée dans son studio parisien pour un shooting, elle raconte avoir été “honorée” de l’opportunité, confiante et impressionnée par l’expérience professionnelle de celui qu’elle considérait comme un photographe reconnu.
Rapidement, la séance bascule. Entre deux prises de vue, l’homme lui sert un shot de vodka caramel, puis plusieurs verres de vin. Tout devient alors “saccadé et très flou”. À la barre, la jeune femme dit avoir des souvenirs épars, comme “des images d’un cauchemar”. Elle se rappelle de ses jambes qui “ne répondaient plus” et du rire de l’accusé, qui lui avait lancé : “Dis donc, tu ne tiens vraiment pas l’alcool”. Dans la nuit, elle affirme avoir subi un second viol, trop faible pour réagir.
Camille a mis du temps à franchir la porte d’un commissariat. Elle raconte s’être heurtée à l’incrédulité d’un policier, qui lui aurait dit : “Ce n’est pas un viol”. Découragée, elle repart sans déposer plainte. S’ensuit une période d’autodestruction, marquée par les excès et les “paradis artificiels”. Aujourd’hui, elle dit porter en elle un traumatisme indélébile : “Les jambes qui s’écroulent, c’est un traumatisme à vie”.
À la barre, Salim Berrada, 40 ans, a rejeté toute idée de manipulation. Questionné par le président sur le rôle de l’alcool ou d’éventuelles substances cachées, il a nié : “Je n’ai jamais eu cette idée”. Face à l’avocat général qui l’interrogeait sur la perte éventuelle de libre arbitre de sa victime, il a répondu : “Je n’ai rien constaté qui ait pu altérer le fait qu’elle puisse consentir”.
Déjà condamné en 2024 par la cour criminelle de Paris à 18 ans de réclusion pour 12 viols et trois agressions sexuelles, il fait face en appel à des accusations similaires, portées par 17 femmes pour des faits survenus entre 2014 et 2016. L’ex-photographe marocain encourt jusqu’à 20 ans de prison, avec une obligation de quitter le territoire à sa sortie.
Le procès en appel se poursuivra jusqu’au début du mois d’octobre. Le verdict est attendu les 2 ou 3 octobre. Comme en première instance, les débats s’articulent autour de la notion de consentement, centrale dans ce dossier où les témoignages décrivent tous des moments de vulnérabilité, liés à l’alcool ou à une perte soudaine de conscience. Pour les plaignantes, la reconnaissance judiciaire de ce qu’elles ont vécu apparaît comme une étape essentielle pour tourner la page.
Il n’est pas certain qu’elles aient toutes été violées. On ne compte plus les apprenties mannequins qui couchent pour réussir.
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