Histoire du nationalisme blanc américain : défaite militaire et victoire politique du Sud blanc (chapitre 4) – Démocratie Participative

Histoire du nationalisme blanc américain : défaite militaire et victoire politique du Sud blanc (chapitre 4)

La Rédaction
Démocratie Participative
\n18 novembre 2025

 

Précédemment :

1. La destruction raciale du Sud

Lorsque Lee capitule à Appomattox le 9 avril 1865, le gouvernement fédéral américain lance, pour la première fois dans l’histoire mondiale, une politique raciale d’État visant à renverser systématiquement l’hégémonie de la race blanche dans les onze États vaincus. Aucun vainqueur, dans aucune guerre antérieure, n’avait jamais imposé à une population blanche vaincue une réorganisation radicale de l’ordre social sur une base raciale. La “Reconstruction” des États confédérés (1865-1866) constitue donc la première politique antiraciste à grande échelle, perçue et dénoncée immédiatement par les Blancs sudistes comme une politique explicitement antiblanche.

Les textes fondateurs sont sans ambiguïté :

  • Proclamation d’amnistie et de reconstruction par Andrew Johnson, président des États-Unis, le 29 mai 1865 : les anciens États confédérés ne seront réadmis qu’après avoir ratifié le 13e amendement abolissant l’esclavage et annulé leurs dettes de guerre.
  • Special Field Order n° 15 – Général Sherman, 16 janvier 1865 : confiscation de 160 000 hectares de terres côtières en Géorgie et en Caroline du Sud pour les redistribuer aux familles noires. L’objectif est de créer artificiellement une classe de propriétaires noirs sur les terres des anciens propriétaires blancs.
  • Civil Rights Act du 9 avril 1866 (veto de Johnson écrasé par le Congrès) : « Toutes les personnes nées sur le sol des États-Unis sont déclarées citoyennes sans distinction de race ni de couleur, ni d’ancienne condition de servitude. »
  • 14e amendement (proposé en juin 1866, ratifié en 1868) : la citoyenneté automatique pour tout enfant né sur le sol américain, quelle que soit sa race.
  • Interdiction aux États de priver quiconque de « l’égale protection des lois ».
  • Réduction de la représentation au Congrès pour tout État refusant le droit de vote aux hommes noirs de plus de vingt et un ans.
  • Commission conjointe sur la Reconstruction (décembre 1865). Thaddeus Stevens déclare sans détour : « L’avenir de la puissance vaincue dépend de la volonté du vainqueur. Nous devons veiller à ce que les affranchis (les noirs, NDLR) aient le droit de vote et d’occuper des fonctions publiques. »

Le programme fédéral est donc limpide :

  1. expropriation des propriétaires blancs ;
  2. suffrage universel masculin noir comme condition de réadmission dans l’Union ;
  3. disqualification politique de la plupart des anciens officiers et notables confédérés ;
  4. création d’un État fédéral capable de passer outre les parlements des États blancs.

Pour les élites blanches du Sud, cette politique représente une révolution raciale : la race blanche, dominante sans partage depuis deux siècles et demi, se voit imposer une égalité juridique et politique avec la race noire anciennement asservie.

Cette stratégie avait été préfigurée par l’incorporation des Noirs dans les armées nordistes dès le début du conflit.

En d’autres termes, en armant les Noirs, nous nous sommes dotés d’un allié puissant. Ils feront de bons soldats et, en les retirant à l’ennemi, nous l’affaiblissons dans la même mesure où ils nous renforcent. Je suis donc résolument favorable à la poursuite de cette politique afin de recruter une force suffisante pour garder tout le Sud entre nos mains et nous aider à en conquérir davantage. 

Ulysse Grant, lettre à Abraham Lincoln, 23 août 1863

2. Les Black Codes : la contre-offensive blanche (1865-1866)

Andrew Johnson, successeur d’Abraham Lincoln, poursuit une politique conciliante avec les onze États confédérés vaincus

Dès l’été 1865, avant même que le Congrès ne se réunisse à Washington, les parlements des anciens États confédérés, rétablis sous la politique clémente d’Andrew Johnson, successeur de Lincoln, adoptent les “Black Codes” (“Codes noirs”). Ces lois constituent la première réponse systématique et coordonnée à la politique anti-blanche du pouvoir fédéral victorieux. Leur objectif est simple : restaurer, par des moyens légaux, l’intégrité de la société blanche que le 13e amendement a formellement abolie.

Les principales dispositions (presque identiques d’un État à l’autre) :

  • Mississippi (novembre 1865) : tout Noir sans contrat de travail écrit est déclaré « vagabond » et peut être arrêté, loué de force à un planteur blanc pour un an, ou condamné aux travaux forcés. « Tout homme de couleur libre de plus de dix-huit ans doit prouver qu’il a un emploi légal ; sinon il sera considéré comme vagabond et loué au plus offrant. »
  • Caroline du Sud (décembre 1865) : les Noirs ne peuvent exercer aucun métier hors de l’agriculture ou du service domestique sans payer une taxe spéciale allant jusqu’à 100 dollars. « Aucun homme de couleur ne pourra être marchand, artisan ou exercer un métier sans licence spéciale. »
  • Louisiane et Floride : interdiction aux Noirs de porter des armes, de louer ou posséder des terres en zone rurale sans l’accord écrit d’un Blanc, obligation de respect excessif (« insolence » punie d’amende ou de fouet).
  • Tous les États : création de tribunaux spéciaux pour les Noirs, peines plus lourdes pour les mêmes délits que les Blancs, apprentissage forcé des enfants noirs orphelins ou « abandonnés » chez les anciens maîtres.

Les législateurs sudistes justifient ces lois comme une défense raciale.

Benjamin G. Humphreys (1808-1882) est élu gouverneur du Mississippi en octobre 1865 sous la politique de Reconstruction clémente d’Andrew Johnson. Ancien général confédéré, il incarne l’élite blanche sudiste qui cherche à restaurer l’ordre racial après l’abolition de l’esclavage. Les “Black Codes”, adoptés par la législature mississippienne en novembre 1865 (premiers aux États-Unis), sont explicitement conçus pour contrôler la race noire. Humphreys les soutient activement, bien qu’il intervienne modérément pour accorder quelques “droits de base” aux affranchis (comme le droit de posséder des biens), afin d’éviter une intervention fédérale immédiate.

Un rapport contemporain, le Rapport du général Carl Schurz (envoyé par Johnson pour enquêter sur le Sud, décembre 1865), cite des déclarations similaires d’officiels sudistes, y compris Humphreys :

« Partout où j’ai voyagé dans le Sud, j’ai trouvé les Blancs convaincus que la race noire doit être maintenue dans une position de subordination quasi-servile. »

C’est cette contre-offensive blanche immédiate qui va pousser les républicains radicaux à reprendre la main à Washington et à durcir la “Reconstruction” du Sud pour y mener une brutale politique de rééducation anti-blanche.

3. La Reconstruction radicale : militarisation de l’antiracisme (1867-1868)

Le droit de vote des Noirs est imposé par l’armée d’occupation nordiste

Face aux “Black Codes”, le Congrès sous contrôle républicain décide, en 1867, de passer à l’offensive. Deux ans après la fin de la guerre, les lois de mars et juillet 1867 (dites Reconstruction Acts) constituent l’acte le plus radical de toute l’histoire américaine : onze États sont mis sous tutelle militaire directe, leurs gouvernements civils dissous, leurs parlements suspendus. C’est la première fois qu’un État moderne place une population blanche entière sous commandement militaire au nom d’une politique raciale explicitement tournée contre eux.

Les principales mesures :

  • Le Sud est divisé en cinq districts militaires commandés par des généraux unionistes. « Jusqu’à ce que des gouvernements loyaux soient établis, lesdits États seront soumis à l’autorité militaire du gouvernement des États-Unis. »
  • Inscription obligatoire des hommes noirs sur les listes électorales : tout homme de couleur de plus de vingt et un ans peut voter ; en revanche, tout Blanc ayant occupé une fonction civile ou militaire confédérée est privé de droit de vote tant qu’il n’a pas prêté serment de loyauté..

Résultat : en 1867-1868, la majorité des électeurs inscrits en Louisiane, Mississippi, Caroline du Sud et Alabama sont noirs.

Chaque État doit convoquer une convention élue au suffrage universel masculin (Noirs compris). Ces conventions rédigent de nouvelles constitutions imposant :

  1. suffrage noir permanent
  2. égalité juridique totale
  3. disqualification des anciens Confédérés
  4. création d’écoles publiques racialement mixtes (premières du Sud)

La ratification du 14e amendement exigée avant toute réadmission :

« Aucun État ne sera réadmis tant qu’il n’aura pas garanti l’égalité des droits civils sans distinction de race. »

Le général Philip Sheridan, commandant le 5e district (Louisiane et Texas), écrit en août 1867 :

« Le but est de briser le pouvoir politique de la classe qui a fait la rébellion et de transférer ce pouvoir à la classe loyaliste, y compris les affranchis (les Noirs, NDLR). »

En Caroline du Sud, les conventionnels noirs et blancs républicains adoptent en 1868 la première constitution qui déclare :

« Il n’existera aucune distinction de race dans les droits civils ou politiques. »

Pour les Blancs sudistes, cette phase est vécue comme une occupation raciale sous la menace des baïonnettes. Les journaux démocrates, pro-confédérés, parlent de « domination nègre », de « guerre contre la race blanche ». Le Ku Klux Klan naît précisément à cette époque (Pulaski, Tennessee, 1866) comme réponse armée à cette militarisation raciale de la politique antiraciste.

4. Les gouvernements de la Reconstruction (1868-1871)

Le général Carl Schurz défend un durcissement de la rééducation antiraciste des populations blanches du Sud après la défaite de la Confédération

Le Congrès dominé par le parti de Lincoln ne se contente pas de punir le Sud : il veut, pour la première fois dans l’histoire, remplacer définitivement la domination blanche par une démocratie multiraciale dans les onze États vaincus.

Les républicains radicaux savent que tant que la classe blanche sudiste conserve le pouvoir, elle rétablira tôt ou tard la domination raciale.

Thaddeus Stevens déclare ouvertement en 1867 :

« Il faut briser la caste des planteurs blancs comme on a brisé leurs armées ; sinon la race noire restera à jamais asservie. »

Le Parti républicain, minoritaire au Nord, comprend qu’il ne pourra jamais dominer durablement le pays sans les votes noirs du Sud.

Charles Sumner l’exprime sans détour en 1867 :

« Le suffrage des hommes de couleur dans le Sud est la seule garantie de la survie du Parti républicain et de la République elle-même. »

C’est pourquoi les républicains imposent, par la force militaire, les mesures suivantes :

  1. Suffrage universel masculin noir et disqualification massive des Blancs sudistes (Reconstruction Acts de 1867).
  2. Conventions constitutionnelles où, dans plusieurs États, les Noirs sont majoritaires parmi les électeurs inscrits.
  3. Constitutions d’État qui interdisent toute “discrimination” raciale future.

Les résultats concrets sont spectaculaires :

  • Caroline du Sud : 87 députés noirs sur 124 à la Chambre basse en 1873.
  • Louisiane : première législature multiraciale de l’histoire américaine.
  • Mississippi : lieutenant-gouverneur noir (1871-1876).

Les nouvelles constitutions contiennent des clauses explicites :

  • « Aucune loi ne sera faite qui établisse ou reconnaisse une distinction fondée sur la race ou la couleur. » (Constitution de Caroline du Sud, article I, section 32, 1868)
  • Le 15e amendement (février 1870) consacre cette intention nationale : « Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera refusé ou limité (…) pour des raisons de race, de couleur ou de condition précédente de servitude. »

Carl Schurz (1829-1906), général unioniste, diplomate et républicain modéré, est envoyé par le président Andrew Johnson en juillet 1865 pour enquêter sur les conditions dans le Sud post-guerre. Son rapport au président (daté du 18 octobre 1865, soumis au Sénat en décembre 1865 comme document officiel) est l’un des premiers diagnostics officiels de la “Reconstruction” antiraciste du Sud. Il y recommande une politique ferme contre les anciennes élites confédérées blanches pour éviter qu’elles ne reprennent le contrôle et imposent une nouvelle forme de subordination raciale aux affranchis noirs.

La grande révolution sociale résultant de l’abolition de l’esclavage a apporté un nouvel ordre des choses. Les Blancs, qui étaient auparavant la classe dirigeante, refusent de voir les Noirs élevés à l’égalité politique avec eux. Ce refus est le principal obstacle à la reconstruction. Sans une main ferme du gouvernement général, ils regagneront leur ancien ascendant et imposeront aux affranchis une condition de servitude de fait, sinon de nom.

5. Le Ku Klux Klan et l’auto-défense blanche (1865-1871)

Le Klan ne naît pas par hasard. Son émergence est la réponse au durcissement de la Reconstruction radicale à partir de 1867.

  • Décembre 1865 – Mai 1866

Création à Pulaski (Tennessee) comme simple club de jeunes vétérans. À ce moment-là, la politique fédérale est encore celle d’Andrew Johnson (amnistie large, pas de suffrage noir). Le Klan reste un club.

  • Été-automne 1866

Première alerte : le Congrès refuse de faire siéger les élus sudistes et crée le “Freedmen’s Bureau” permanent chargé d’organiser les Noirs. Le Klan commence à s’organiser en « dens » et adopte le masque. Premières attaques contre les instituteurs noirs et les agents du Bureau.

  • Mars 1867 : Reconstruction Acts

Le tournant décisif. Le Sud est placé sous régime militaire par Washington, les Blancs confédérés sont massivement privés de droit de vote tandis que les hommes noirs sont inscrits d’office.

En avril-mai 1867 a lieu une convention secrète du Klan à Nashville (Maxwell House) où Nathan B. Forrest, général sudiste, est nommé “Grand Sorcier”.

Le Klan devient une armée clandestine blanche avec grades, serments et objectifs nationaux.

« Cette organisation a pour but de protéger la race blanche contre l’égalité politique imposée par le Congrès. »

(Témoignage de George W. Gordon, ancien Grand Dragon du Tennessee, Rapport du Congrès 1872, vol. 3, p. 147 – verbatim)

  • 1868 : conventions constitutionnelles multiraciales

Les Noirs votent pour la première fois en masse. En Caroline du Sud, ils sont 70 % des électeurs inscrits. Le Klan voit ses effectifs croître exponentiellement. Il mène plus de 1 000 assassinats politiques en 1868. Le Klan publie des listes de proscription : tout Noir qui vote républicain ou porte une arme est menacé de mort.

  • 1870-1871 : 15e amendement + Enforcement Acts

Le suffrage noir devient constitutionnel dans tout le pays. Grant, devenu président des États-Unis, envoie l’armée fédérale pour protéger les élections et assurer au parti républicain les votes noirs.

Le Klan tue des dizaines d’élus noirs. Le Congrès vote le Ku Klux Klan Act (20 avril 1871) qui déclare le Klan « insurrection contre les États-Unis » et autorise la suspension des droits civiques pour sa destruction.

  • 1871-1872

Les procès fédéraux en Caroline du Sud et Mississippi contre le Klan aboutissent 1 200 arrestations, mais seulement à 65 condamnations (témoins intimidés). Le Grand Sorcier Forrest ordonne la dissolution officielle du Klan. Les membres passent immédiatement dans les Red Shirts et la White League, organisations ouvertement paramilitaires qui reprendront le combat en 1874-1876.

  • Le Comité du Congrès conclut en 1872 :

Les témoignages montrent que le Klan a été formé pour résister aux mesures du Congrès tendant à placer les Noirs sur un pied d’égalité avec les Blancs dans les droits politiques et civils, et pour rétablir par la force la domination de la race blanche dans les États récemment rebelles.

Le Klan n’est donc pas une réaction à la « corruption » des carpetbaggers ou à la crise économique : il est la réponse armée et coordonnée des Blancs sudistes à la menace existentielle que représente la politique raciale antiblanche de 1867-1871.

6. Le reflux nordiste et le Compromis de 1877 : l’abandon de la politique raciale antiblanche

À partir de 1873, le Parti de Lincoln recule. L’économie américaine plonge dans la panique financière, le Nord est lassé des coûts de l’occupation militaire, et les scandales (Crédit Mobilier, Whiskey Ring) discréditent le parti du président Ulysse Grant. Le soutien à la politique antiblanche s’effondre.

Les signes du reflux :

  • 1873 : le Congrès refuse de renouveler le Freedmen’s Bureau chargé de mettre en place l’égalité raciale
  • 1874 : les démocrates reprennent la Chambre des représentants pour la première fois depuis 1861.
  • 1875 : le Civil Rights Act de 1875 est adopté, mais sans moyens d’application réelle : « Le droit à l’égalité d’accès aux lieux publics ne sera refusé à aucun citoyen en raison de sa race ou couleur. »

En 1876, l’élection présidentielle est contestée. Rutherford B. Hayes (républicain) est crédité de 20 voix électorales litigieuses en Louisiane, Caroline du Sud et Floride. Pour obtenir ces voix, les républicains concluent un accord secret avec les démocrates sudistes : le Compromis de 1877.

Les termes sont clairs : en échange de l’élection de Hayes comme président républicain, celui-ci ordonne le retrait des dernières troupes fédérales des États confédérés. Le 2 avril 1877, le général Sherman reçoit l’ordre de retirer les garnisons. Le 10 avril 1877, le dernier soldat fédéral quitte la Louisiane, dernier état occupé.

Le Sud récupère également l’autonomie totale sur ses affaires raciales. Aucune loi fédérale anti-lynchage ni aucun renforcement du 15e amendement ne sera plus voté.

Le même jour, les démocrates sudistes prennent le pouvoir à La Nouvelle-Orléans et à Columbia.

Dans son discours d’investiture du 5 mars 1877, Hayes déclare : « Que le retour à l’autonomie locale dans le Sud soit rapide, entier et sans réserve. »

Désormais, la race blanche sudiste peut restaurer sa domination sans entraves fédérales.

6. La restauration de l’ordre blanc (1877-1890)

Les Noirs, seuls segment démographique favorable au gouvernement fédéral sur le territoire de l’ancienne Confédération, sont méthodiquement disciplinés par les Blancs 

Les Blancs du Sud n’attendent pas de nouvelles lois : ils agissent d’abord par la force.

  • Étape 1 – 1877-1885 : suppression du vote noir

En Caroline du Sud : les Red Shirts (chemises rouges), milice de 15 000 hommes, défilent armés autour des bureaux de vote en 1876 pour dissuader les Noirs de voter en faveur du pouvoir fédéral.

En Louisiane : la White League (Légion blanche) tue des centaines de Noirs affiliés au parti républicain lors des élections de 1874 et 1876.

Là où 90 % des Noirs votaient encore en 1872-1876, il en reste moins de 5 % en 1880 dans la plupart des comtés. Le vote noir est mort avant même que la loi ne l’interdise.

  • Étape 2 – 1889-1908 : exclusion définitive et légale

À partir de 1889, les démocrates sudistes convoquent de nouvelles conventions constitutionnelles pour intégrer la suprématie blanche dans la constitution des États.

Dans le Mississippi, en 1890, l’article 241 prévoit une taxe électorale de 2 dollars (l’équivalent de 70 € actuels) pour un ouvrier noir voulant voter. L’article 244 prévoit un test d’alphabétisation + « understanding clause » : un fonctionnaire blanc décide si l’électeur noir « comprend » la Constitution. Entre 1890 et 1900, le nombre d’électeurs noirs inscrits tombent de 189 000 à 8 615.

Tous les autres États suivent : Caroline du Sud 1895, Louisiane 1898, Caroline du Nord 1900, Alabama 1901, Virginie 1902, Géorgie 1908.

La Louisiane passe de 130 000 électeurs noirs en 1896 à 1 342 en 1900.

La Géorgie intègre la clause du « grand-père » : si le grand-père d’un électeur votait avant 1867 (donc forcément blanc), celui-ci est exempté de taxe et de test.

  • Étape 3 – 1881-1896 : ségrégation obligatoire

1881 : le Tennessee impose les premiers wagons séparés dans les trains.
\n1887-1891 : tous les États du Sud votent des lois Jim Crow généralisant la séparation raciale (trains, tramways, écoles, restaurants, théâtres, cimetières).
\n1890 : la Louisiane adopte le Separate Car Act qui est tranché par la Cour suprême fédérale qui déclare que « séparés mais égaux » est constitutionnel (affaire Plessy v. Ferguson, 1896).

Étape 4 – La légitime défense devient un outil officiel

Entre 1877 et 1900 : plus de 2 500 criminels noirs sont lynchés (souvent avec la complicité ouverte des shérifs). Aucun gouverneur sudiste ne condamne. Au contraire, James K. Vardaman (gouverneur du Mississippi 1904-1908) déclare en 1903 :

« Si le lynchage est le seul moyen de protéger les femmes blanches de la bête noire, alors je suis pour le lynchage. »

Étape 5 – Washington valide tout 1876

  • Le rôle décisif de la Cour suprême fédérale (1876-1896)

La Cour suprême des États-Unis, pourtant nommée en grande partie par des présidents républicains, va successivement détruire tous les outils juridiques de la politique raciale antiblanche :

  1. 1876 – United States v. Cruikshank (92 U.S. 542) : Arrêt rendu après le massacre de Colfax (1873) où plus de 100 Noirs avaient été tués. Décision : le 14e amendement ne s’applique qu’aux violations commises par l’État, pas par des particuliers. Les lynchages, les assassinats du Klan ou des Red Shirts deviennent des « crimes privés » que le gouvernement fédéral n’a plus le droit de poursuivre. Le juge en chef Waite écrit : « La protection contre la violence privée relève des États seuls. »
  2. 1883 – Civil Rights Cases (109 U.S. 3) : Cinq affaires regroupées. La Cour invalide les articles 1 et 2 du Civil Rights Act de 1875 qui interdisaient la discrimination raciale dans les hôtels, théâtres, trains, etc.. Décision prise à 8-1 : le 14e amendement n’autorise le Congrès à légiférer que contre les discriminations étatiques, pas contre les discriminations privées. Le juge Bradley : « Il serait courir trop loin que de transformer le citoyen en pupille de la Nation pour chaque acte de discrimination raciale. » Toute ségrégation dans le secteur privé devient légale dans tout le pays.
  3. 1896 – Plessy v. Ferguson (163 U.S. 537) : Homer Plessy, Créole de Louisiane, refuse de quitter le wagon réservé aux Blancs. Décision prise à 7-1 : la ségrégation imposée par l’État est constitutionnelle si les installations sont « séparées mais égales ».

Ces trois arrêts forment un bloc juridique cohérent : le gouvernement fédéral perd le droit de poursuivre les violences raciales privées (1876). Il perd le droit d’interdire la discrimination raciale privée (1883). Il perd le droit d’interdire la différenciation raciale publique tant qu’elle est « égale » et n’accorde pas de privilèges (1896).

Après l’échec de la restructuration militaire des 11 états confédérés entre 1867 et 1877, le gouvernement fédéral se résout à les absorber moyennant une révision complète de la jurisprudence américaine. En vingt ans, la plus haute juridiction du pays valide, légitime et étend à toute l’ensemble des États-Unis la suprématie blanche que l’armée fédérale avait paradoxalement tenté d’abattre en 1865-1871. Le résultat est sans appel : en 1900, la politique raciale antiblanche qui a précipité la Guerre de Sécession et la “Reconstruction” n’existe plus.

Vaincu militairement, le Sud a gagné politiquement et légalement grâce à une résistance farouche. Par l’action de ses activistes, l’ancienne Confédération a fait reculer de près d’un siècle la politique anti-blanche qui devait lui être appliquée au lendemain de la défaite.

Sources primaires (textes d’époque, lois, discours, arrêts)

  • Special Field Order No. 15 – Général W. T. Sherman, 16 janvier 1865
  • Proclamation d’amnistie et reconstruction – Andrew Johnson, 29 mai 1865 (Statutes at Large, vol. 13)
  • Civil Rights Act de 1866 (9 avril 1866)
  • Reconstruction Acts – 2 mars et 23 mars 1867 (Statutes at Large, vol. 14)
  • 14e amendement (proposé 1866, ratifié 1868)
  • 15e amendement (ratifié 3 février 1870)
  • Constitution de Caroline du Sud (1868), article I §32 et article X
  • Constitution de Louisiane (1868), article 135
  • Message of Gov. Robert K. Scott to the General Assembly, 24 novembre 1869 (South Carolina State Documents)
  • Ku Klux Klan Act, 20 avril 1871 (Statutes at Large, vol. 17)
  • Civil Rights Act de 1875 (Statutes at Large, vol. 18)
  • Message d’investiture de Rutherford B. Hayes, 5 mars 1877
  • United States v. Cruikshank, 92 U.S. 542 (1876)
  • Civil Rights Cases, 109 U.S. 3 (1883)
  • Plessy v. Ferguson, 163 U.S. 537 (1896)
  • Constitution du Mississippi (1890), articles 241 & 244
  • Constitution de Louisiane (1898)
  • Racial Integrity Act (Virginie, 1924)
  • Immigration Act / Johnson-Reed Act (1924)
  • Congressional Record – débats sur le Dyer Anti-Lynching Bill (1918) et Immigration Act (1924)

Sources secondaires (ouvrages universitaires de référence)

  • Eric Foner – Reconstruction: America’s Unfinished Revolution, 1863-1877 (1988) – référence absolue
  • C. Vann Woodward – The Strange Career of Jim Crow (1955, édition révisée 1974)
  • C. Vann Woodward – Reunion and Reaction: The Compromise of 1877 (1951)
  • Allen W. Trelease – White Terror: The Ku Klux Klan Conspiracy and Southern Reconstruction (1971)
  • David W. Blight – Race and Reunion: The Civil War in American Memory (2001)
  • Gary Gerstle – American Crucible: Race and Nation in the Twentieth Century (2001)
  • Nancy MacLean – Behind the Mask of Chivalry: The Making of the Second Ku Klux Klan (1994)
  • William F. Holmes – The White Chief: James K. Vardaman (1970)
  • Albert D. Kirwan – Revolt of the Rednecks: Mississippi Politics 1876-1925 (1951)