Être aryen (chapitre 7) : La mémoire des ancêtres dans la religion aryenne – Démocratie Participative

Être aryen (chapitre 7) : La mémoire des ancêtres dans la religion aryenne

La Rédaction
Démocratie Participative
\n22 juillet 2025

 

Dans le cadre d’une entreprise culturelle globale, nous lançons une série d’articles faisant la synthèse de ce qu’est l’être aryen. Ils sont disponibles dans la catégorie “Textes doctrinaux”. Cette introduction servira de cadre conceptuel à divers projets que nous initierons. 

Précédemment:

La mémoire des ancêtres dans la religion aryenne

1. Introduction 

Le culte des ancêtres est une pratique centrale des religions aryennes, intégrée à une vision cosmique où l’harmonie entre les vivants, les morts, et les dieux maintient l’ordre universel. À Rome, ce culte, centré sur les Manes (âmes des défunts), s’inscrit dans la pax deorum (paix des dieux), équivalent pragmatique de l’ṛta védique ou de la dikè grecque (harmonie).

Cette synthèse examine le devenir des âmes, le sens des rites ancestraux, leurs formes concrètes (gestes, lieux, objets, acteurs), le rôle des divinités dans ces pratiques, leur place dans l’ordre cosmique aryen, et l’attitude romaine face à la mort.

2. La cosmogonie aryenne : un cadre pour le culte des ancêtres

La religion aryenne repose sur une cosmogonie où l’ordre cosmique, social, et naturel est maintenu par des interactions entre les humains, les dieux, et les esprits, comme le montrent Georges Dumézil (1970) et Jaan Puhvel (1987).

  • Tripartition fonctionnelle : Dumézil (1970) identifie trois fonctions : souveraineté (prêtres, divinités comme Varuna ou Jupiter), guerre (guerriers, comme Indra ou Mars), et production/fertilité (agriculteurs, comme les Aśvins ou Cérès). Les rites ancestraux relient les vivants aux morts, intégrant les trois fonctions.
  • Ordre cosmique : Dans le védisme, l’ṛta (Rigveda X.85.1) est l’ordre cosmique, soutenu par des sacrifices (yajña). À Rome, la pax deorum (Ovide, Fastes I.669–674) joue un rôle similaire, les Manes agissant comme intermédiaires spirituels.
  • Temps cyclique : Les Indo-Européens privilégient une temporalité cyclique (saisons, renouvellements), contrairement à la linéarité chrétienne (Eliade, 1963). Les rites ancestraux s’alignent sur ces cycles, renforçant l’harmonie cosmique.

Les ancêtres sont des entités liminales, intégrées à cet ordre, exigeant des rituels pour maintenir leur lien avec les vivants et les dieux.

3. Le devenir des âmes dans la religion romaine

Plaque en marbre qui porte l’épitaphe « Aux Dieux Mânes. A Festus, âgé de dix ans, et à Aquila, âgé de huit ans, Iulia Protogenia, à ses chéris ». Elle a été découverte dans une sépulture à Narbonne (Aude). 

Les Manes incarnent les âmes des défunts dans la religion romaine, résidant dans un au-delà vague ou près des tombes, comme le décrivent Virgile (Énéide VI.743–751) et Ovide (Fastes II.533–570).

Nature des Manes : Invoqués comme Di Manes (CIL VI.142, « Dis Manibus »), ils sont des esprits collectifs, souvent familiaux, sans individualité marquée. Virgile (Énéide VI.743–751) décrit un au-delà inspiré de l’Hadès grec (Élysée, Tartare), mais pour le Romain ordinaire, les Manes sont localisés près des tombes ou dans un royaume souterrain indéfini (Scheid, 1998). Dans la religion romaine, les âmes des défunts sont fréquemment appelées Di Manes (« dieux Manes ») dans les inscriptions funéraires (CIL VI.142, « Dis Manibus ») et les textes littéraires (Ovide, Fastes II.533–570; Virgile, Énéide VI.743–751). Ce terme reflète une particularité de la pensée romaine, mais ne signifie pas que les âmes deviennent des divinités au sens des grands dieux comme Jupiter ou Mars.

Sens du terme Di Manes : Le mot Di (dieux) est utilisé dans un sens large à Rome, englobant non seulement les divinités majeures (Di Superi, dieux célestes) mais aussi des entités spirituelles inférieures, comme les Lares, Penates, ou Manes (Scheid, 1998). Les Manes désignent les âmes collectives des défunts, souvent liées à la famille (gens), résidant dans un au-delà vague ou près des tombes. L’épithète Di leur confère un statut sacré, mais subordonné, distinct des dieux olympiens.

Statut liminal : Les Manes ne deviennent pas « divins » au sens d’une apothéose (comme les empereurs divinisés, ex. : Divus Julius, CIL VI.2032). Ils sont des esprits ancestraux, honorés comme des entités sacrées capables d’influencer les vivants (Fastes II.547–556). Leur « divinité » est fonctionnelle : ils participent à la pax deorum (harmonie avec les dieux), mais restent liés à la sphère funéraire (Beard, North, Price, 1998).

Origine du terme : Émile Benveniste (1973) suggère que Manes dérive du proto-indo-européen man- (esprit, humain), lié à l’idée d’âmes bienveillantes (manus = bon en latin archaïque). L’ajout de Di reflète une volonté romaine de sanctifier les défunts pour les intégrer à l’ordre cosmique, sans leur attribuer une divinité individuelle.

4. Les âmes deviennent-elles divines ?

Autel en l’honneur de Iunia Procula qui a vécu 8 ans, 11 mois et 5 jours. Époque flavienne (69-96 ap. J.-C.)

Les âmes des défunts ne deviennent pas divines au sens d’une transformation en dieux autonomes, mais leur désignation comme Di Manes reflète leur rôle sacré dans la religion romaine et leur intégration à l’ordre cosmique.

Nature collective des Manes : Les Manes sont rarement individualisés dans les sources. Les inscriptions funéraires (CIL VI.142) les invoquent collectivement (Dis Manibus), même pour une tombe spécifique, suggérant une entité spirituelle globale plutôt qu’une âme individuelle divinisée. Ovide (Fastes II.533–540) les décrit comme des esprits familiaux, apaisés par des offrandes, sans personnalité divine distincte.

Rôle dans la pax deorum : Les Manes sont sacrés car ils participent à l’harmonie cosmique et sociale. Les rituels (Parentalia, Lemuria) assurent leur bienveillance, évitant les perturbations (Fastes II.547–556). Leur « divinité » est donc rituelle : ils sont honorés comme des forces spirituelles, mais subordonnées aux grands dieux (Scheid, 1998).

Absence d’apothéose individuelle : Contrairement à l’apothéose impériale (ex. : Auguste, Suétone, Vie des douze Césars, Auguste 100), les âmes ordinaires ne deviennent pas des dieux à part entière. Cicéron (De Senectute 21.79) évoque une survie spirituelle, mais sans divinité explicite, et Virgile (Énéide VI.743–751) place les Manes dans un au-delà hiérarchisé, loin du statut divin des Di Superi.

Crainte et respect : La désignation Di Manes reflète à la fois un respect et une crainte. Les Romains redoutaient les âmes non apaisées (lemures, Fastes V.429–444), et leur attribuer un statut « divin » était une manière de les intégrer au sacré pour contrôler leur influence (Johnston, 1999).

Absence de réincarnation : Contrairement au védisme tardif (Upanishads, Brihadaranyaka Upanishad IV.4.5, avec le samsāra) ou au celtisme (César, De Bello Gallico VI.14, transmigration), les Romains ne croyaient pas en la réincarnation. Cicéron (De Senectute 21.79) évoque une survie spirituelle vague, mais l’accent est mis sur la mémoire familiale (Beard, North, Price, 1998).

Interaction avec les vivants : Les Manes pouvaient protéger ou nuire si négligés. Ovide (Fastes II.547–556) relate une légende où l’oubli des Parentalia provoqua l’errance des âmes, apaisée par des offrandes.

Parallèles indo-européens :

  • Védique : Les pitṛs résident dans le pitṛloka (Rigveda X.16.3), sans réincarnation dans le védisme ancien.
  • Grecque : Les psuchai habitent l’Hadès (Odyssée XI.90–137), avec la réincarnation limitée au pythagoricisme (Platon, Phédon 70c–d).
  • Celtique : Les druides croyaient en la transmigration (César, De Bello Gallico VI.14).
  • Germanique : Les âmes rejoignent Valhalla ou Hel (Edda poétique, Völuspá 33), avec une réincarnation sélective (hamingja, Saga des Völsungs, chapitre 2).

5. Sens des rites ancestraux romains

Les rites dédiés aux Manes avaient des fonctions essentielles dans la religion romaine, renforçant l’ordre cosmique et social (Scheid, 1998; Beard, North, Price, 1998).

Maintien de la pax deorum : Les rituels assuraient l’harmonie avec les dieux et les morts, équivalent de l’ṛta védique. Négliger les Manes risquait des calamités (Tite-Live, Histoire romaine V.14).

Continuité familiale : Les rites consolidaient la gens, comme le montrent les offrandes des Parentalia (Fastes II.533–540), similaires aux pitṛ-tarpana védiques (Rigveda X.15).

Apaisement des âmes : Les Manes pouvaient devenir hostiles si négligés, provoquant des troubles (Fastes II.547–556). Cette fonction rappelle les pratiques grecques (Odyssée XI.25–50) ou germaniques (Njáls Saga, chapitre 23).

Responsabilité sociale : Le pater familias, prêtre de la famille, dirigeait les rites, reflétant la tripartition aryenne (Dumézil, 1970).

6. Les rites romains : apaisement et non vénération des ancêtres

Dans la religion romaine, les rites dédiés aux Manes (Parentalia, Lemuria, cultes des Lares et Penates) ne correspondent pas exactement à une « vénération » au sens d’un culte d’adoration réservé aux grands dieux (ex. : Jupiter, Mars), mais plutôt à un ensemble de pratiques visant à honorer, apaiser, et intégrer les âmes des défunts dans l’ordre cosmique et social. Le terme « vénération » implique un culte d’adoration ou de dévotion, souvent associé à des divinités majeures, tandis que les rites romains pour les Manes ont une fonction plus pragmatique et relationnelle.

  • Nature des rites :

Honorer et apaiser : Les Parentalia (13–21 février) consistaient à offrir des fleurs, du vin, des gâteaux (liba), et des grains sur les tombes pour honorer les Manes et assurer leur bienveillance (Ovide, Fastes II.533–570). Ovide souligne leur simplicité : « Les Manes ne demandent que peu, une piété sincère suffit » (Fastes II.535–536). Ces gestes expriment du respect, mais pas une adoration divine.

Protection contre les esprits nuisibles : Les Lemuria (9, 11, 13 mai) visaient à chasser les lemures (esprits errants) par des rituels apotropaïques, comme jeter des fèves noires en récitant une formule (Fastes V.429–444). Ce rite reflète une crainte des âmes non apaisées, pas une vénération.

Culte domestique : Les offrandes quotidiennes aux Lares et Penates sur le lararium (sel, vin, farine) honoraient les esprits du foyer, parfois assimilés aux ancêtres (Properce, Élégies IV.1.131–134). Ces gestes renforçaient le lien familial, mais sans culte d’adoration.

Différence avec la vénération divine : Les grands dieux (Di Superi) recevaient des sacrifices complexes (taureaux, autels publics) et des prières formelles par des prêtres (flamines, pontifes), comme lors des Ludi Romani pour Jupiter (Tite-Live, Histoire romaine VIII.9). Ces cultes impliquaient une dévotion et une soumission.

Les Manes, bien que nommés Di Manes (CIL VI.142, « Dis Manibus »), étaient honorés dans un cadre familial ou communautaire, avec des gestes simples (fleurs, vin) et sans l’adoration réservée aux dieux majeurs. Leur statut « divin » (Di) est rituel, non théologique, visant à les intégrer à la pax deorum (Scheid, 1998).

La vénération implique une hiérarchie (le fidèle s’incline devant une divinité supérieure), tandis que les rites pour les Manes sont un échange réciproque : les vivants offrent des présents pour obtenir protection ou éviter des malheurs (Fastes II.547–556).

Sens des rites : Les rites romains pour les Manes ne sont pas une « vénération » au sens d’un culte d’adoration, mais un acte de pietas (piété, devoir) envers les ancêtres, visant à maintenir l’harmonie cosmique (pax deorum) et la continuité de la gens (famille élargie). Cette pietas reflète une obligation morale et sociale, non une dévotion spirituelle (Beard, North, Price, 1998).

7. Formes concrètes des rites ancestraux romains

Les rites romains pour les ancêtres prenaient des formes variées, allant des pratiques domestiques quotidiennes aux festivals publics. Voici une description précise des gestes, lieux, objets, et acteurs, basée sur Ovide (Fastes), Virgile (Énéide), et des données archéologiques (Renfrew, 1985).

  • Les Parentalia (13–21 février) :

Gestes : Les familles, dirigées par le pater familias, se rendaient aux tombes (souvent en dehors des murs de la ville, ex. : Via Appia). Ils déposaient des guirlandes de fleurs (roses, violettes), des gâteaux (liba faits de farine et miel), du vin, du lait, et des grains mélangés de sel (mola salsa). Des prières simples étaient récitées, comme « Di Manes, soyez apaisés » (Fastes II.533–570). Le dernier jour (Feralia), une cérémonie collective incluait des offrandes publiques par des magistrats ou des prêtres (flamines).

Lieux : Nécropoles (Via Appia, Pompéi), où des autels funéraires (CIL VI.10234) portaient des inscriptions (Dis Manibus). Les tombes étaient nettoyées et décorées.

Objets : Fleurs, vin dans des coupes en terre cuite, gâteaux sur des plats simples, encens pour purifier l’espace. Des banquets funéraires (silicernium) étaient organisés près des tombes, avec du pain, de la viande, et du vin partagés par la famille.

Acteurs : Le pater familias menait les rites familiaux, assisté par les femmes et les enfants. Les prêtres (flamines) intervenaient pour les rites publics lors de la Feralia.

  • Les Lemuria (9, 11, 13 mai) :

Gestes : À minuit, le pater familias, pieds nus, effectuait un rituel apotropaïque dans la maison. Il se lavait les mains, faisait un signe rituel (doigts en V pour écarter les esprits), puis jetait neuf fèves noires par-dessus son épaule en récitant neuf fois : « Par ces fèves, je me rachète, moi et les miens » (Fastes V.429–444). Les fèves symbolisaient un sacrifice substitutif pour apaiser les lemures (esprits errants).

Lieux : Le foyer domestique, souvent près du lararium (autel familial).

Objets : Fèves noires (symbole de purification), eau pour le lavage rituel, pas d’encens ni de fleurs, pour marquer le caractère expiatoire.

Acteurs : Le pater familias uniquement, dans un cadre strictement domestique, sans prêtres ni communauté.

  • Rites domestiques quotidiens :

Lararium, Pompei

Gestes : Chaque matin, le pater familias ou un membre du foyer offrait une pincée de sel, de farine (mola salsa), ou une libation de vin sur le lararium, un petit autel domestique dédié aux Lares et Penates (esprits associés aux ancêtres). Une prière brève, comme « Lares, protégez notre maison », accompagnait l’offrande (Properce, Élégies IV.1.131–134).

Lieux : Le lararium, souvent dans l’atrium ou la cuisine (ex. : Pompéi, Maison du Vettii), décoré de statuettes des Lares (jeunes danseurs) et d’un serpent (symbole de protection).

Objets : Sel, farine, vin, parfois des fruits ou des gâteaux, déposés dans des bols en terre cuite ou brûlés dans un petit foyer.
Acteurs : Le pater familias, les femmes, ou les esclaves du foyer, selon la taille de la maison.

  • Rites publics :

Gestes : Lors des Ludi Saeculares (fêtes centennales), des sacrifices nocturnes aux Di Manes incluaient l’immolation de porcs ou de moutons, dont le sang était versé sur un autel, accompagnée de prières pour la prospérité de Rome (CIL VI.32323). Les prêtres (pontifes, flamines) récitaient des formules codifiées.

Lieux : Temples ou espaces publics (ex. : Champ de Mars).

Objets : Animaux sacrificiels, vin, encens, autels en pierre.

Acteurs : Prêtres officiels, parfois l’empereur, représentant la communauté.

  • Parallèles aryens :

Védique : Les pitṛ-tarpana (Rigveda X.15) impliquent des offrandes d’eau, de riz, et de lait versées dans des ruisseaux ou sur le sol, par des brahmanes ou le chef de famille, proches des Parentalia.

Grecque : Les offrandes aux psuchai (Odyssée XI.25–50) incluent sang, miel, et vin, versés dans une fosse, par des individus ou des prêtres.

Celtique : Les offrandes dans des lacs ou tumulus (La Tène, Renfrew, 1985) utilisaient des armes ou bijoux, sans prêtres formalisés.

Germanique : Les sépultures (Oseberg, IXe siècle) contenaient des objets (armes, bijoux) déposés par la communauté, sans rituels codifiés comme à Rome.

8. Rôle des dieux dans le culte des ancêtres

Les divinités jouent un rôle secondaire mais essentiel dans le culte des ancêtres romains, agissant comme garantes de l’ordre cosmique et intermédiaires entre les vivants et les Manes (Scheid, 1998).

  • Divinités associées :

Terra allongée avec les saisons, accompagnée d’Aion-Uranus dans une roue du zodiaque (mosaïque de Sentinum, 200-250 apr. J.-C., Glyptothèque)

Tellus (Terre-Mère) : Invoquée lors des Parentalia et Feralia, Tellus est liée aux Manes, car les tombes étaient situées dans la terre. Ovide (Fastes II.639–644) mentionne son rôle dans les rites funéraires, où des offrandes (vin, grains) lui étaient dédiées pour apaiser les âmes. Tellus symbolise le lien entre les morts et le cosmos, proche de la Prithvi védique (Rigveda X.18.10).

Cérès, sculpture classique ; au Musée du Vatican

Cérès : Associée à la fertilité et aux cycles agraires, Cérès est parfois invoquée lors des Parentalia pour relier les ancêtres aux récoltes (Fastes II.616–620). Son rôle reflète la fonction productive indo-européenne (Dumézil, 1970).

Dis Pater et Proserpine : Divinités infernales, ils président au royaume souterrain où résident les Manes (Énéide VI.127–131). Lors des Ludi Saeculares, des sacrifices nocturnes leur étaient offerts pour intégrer les Manes à la pax deorum (CIL VI.32323). Selon la mythologie, Proserpine, cueillant des violettes avec ses amies, fut enlevée par Pluton, dieu des Enfers (équivalent d’Hadès en grec), qui l’épousa par la suite. Alors que Pluton s’apprêtait à l’emmener, la nymphe Cyané, amie de Proserpine, tenta de s’opposer à son départ. Étant donné que Pluton est le frère de Jupiter, père de Proserpine, cet enlèvement concerne sa nièce. Cérès, la mère de Proserpine, désespérée par sa disparition, la chercha pendant neuf jours et neuf nuits. Informée par Apollon de l’identité du ravisseur, elle exprima son indignation en négligeant les cultures terrestres. Un arrangement fut finalement conclu avec Pluton, permettant à Proserpine de rejoindre sa famille une partie de l’année. Ainsi, elle passe six mois aux Enfers, période où le chagrin de Cérès entraîne la mort des végétaux, correspondant à l’automne et l’hiver. Les six autres mois, réunie avec sa mère, la joie de Cérès redonne vie aux plantes, symbolisant le printemps et l’été. Ce récit de l’enlèvement de Proserpine est un mythe étiologique, expliquant les cycles saisonniers.

Fresque représentant des Lares, Pompéi

Lares et Penates : Les Lares (esprits du foyer, parfois associés aux ancêtres) et Penates (esprits des provisions) recevaient des offrandes quotidiennes dans les lararia. Leur culte domestique reliait les ancêtres aux divinités protectrices du foyer (Properce, Élégies IV.1.131–134).

  • Rôle des dieux :

Gardiens de l’ordre cosmique : Les divinités (Tellus, Dis Pater) garantissaient que les Manes restent en harmonie avec la pax deorum. Les sacrifices aux dieux lors des Ludi Saeculares intégraient les ancêtres à l’ordre de la cité (Scheid, 1998).

Intermédiaires : Les prêtres invoquaient Tellus ou Cérès pour transmettre les offrandes aux Manes, renforçant le lien entre vivants, morts, et cosmos (Fastes II.639–644).

Protection : Les Lares et Penates protégeaient le foyer contre les lemures, assurant la sécurité spirituelle via des offrandes quotidiennes (Fastes V.429–444).

  • Parallèles aryens :

Védique : Les pitṛs sont honorés avec des divinités comme Yama (dieu de la mort) ou Agni (messager divin, Rigveda X.15.1–2), similaires à Tellus ou Dis Pater.

Grecque : Hadès et Perséphone encadrent les psuchai (Odyssée XI.213–214), comme Dis Pater et Proserpine.

Celtique : Les divinités comme Cernunnos ou les déesses-mères (Green, 1992) sont associées aux offrandes ancestrales, sans rôle aussi codifié qu’à Rome.

Germanique : Les dieux comme Odin (Valhalla, Edda poétique, Völuspá 33) supervisent les âmes, mais sans rituels formalisés.

9. Les Romains redoutaient-ils la mort ?

Fragment d’un relief provenant d’un sarcophage représentant les étapes de la vie du défunt : initiation religieuse, service militaire et mariage (milieu du IIe siècle après J.-C.)

L’attitude romaine face à la mort était nuancée, mêlant acceptation pragmatique, influences philosophiques, et craintes rituelles (Scheid, 1998; Beard, North, Price, 1998).

  • Acceptation pragmatique et stoïque :

Contexte religieux : La mort était un passage naturel vers les Manes, intégré à la pax deorum. Les rituels (Parentalia, Fastes II.533–570) apaisaient les âmes, réduisant la peur de la mort elle-même, comme dans le védisme (Rigveda X.16.3).

Philosophie : Les élites stoïciennes (Cicéron, Tusculanes I.30–31; Sénèque, Lettres à Lucilius 24.18) voyaient la mort comme inévitable, sans souffrance. La fama (renommée) assurait une immortalité sociale (CIL VI.1527, éloge des Scipions) (Flower, 1996).

  • Craintes spécifiques :

Négligence rituelle : Les Romains redoutaient les Manes non apaisés, causant des malheurs (Fastes II.547–556; Histoire romaine V.14).

Morts anormales : Les lemures ou âmes non inhumées (Énéide VI.325–330) étaient craints, d’où les Lemuria (Fastes V.429–444) (Johnston, 1999).

Classes populaires : Moins influencées par la philosophie, elles craignaient la rupture des liens familiaux, d’où les offrandes dans les lararia (Pompéi).

  • Parallèles aryennes :

Védisme : La mort est acceptée (pitṛloka, Rigveda X.16.3), mais la réincarnation (Upanishads IV.4.5) atténue la peur.

Celtique : La transmigration (César, De Bello Gallico VI.14) réduit l’angoisse, contrairement à Rome.

Germanique : La mort héroïque (Valhalla, Edda poétique, Völuspá 33) est valorisée, comme la fama romaine.

10. Conclusion

Le culte des ancêtres romains, centré sur les Manes, s’intègre à la pax deorum, équivalent de l’ṛta védique. Les âmes résident dans un au-delà vague, apaisées par des rites concrets (Parentalia : fleurs, vin, gâteaux sur les tombes ; Lemuria : fèves noires jetées à minuit ; lararia : sel, vin quotidiens). Les dieux (Tellus, Dis Pater, Lares) garantissent l’harmonie cosmique, reliant les Manes à la pax deorum. Les Romains acceptaient la mort pragmatiquement, craignant surtout la négligence rituelle ou les lemures, mais pas la mort elle-même, grâce à la fama et au stoïcisme. Comparé au védisme (pitṛloka, samsāra), au celtisme (transmigration), ou au germanisme (Valhalla), le culte romain est civique et statique. Pour un « Aryen » moderne, ces pratiques inspirent des gestes de mémoire et d’écologie, sans angoisse métaphysique.

Sources

Textes anciens :

  • Rigveda. Traduction par Louis Renou, 1955–1969. Paris : Adrien-Maisonneuve.
  • Ovide. Fastes. Traduction par Henri Le Bonniec, 1990. Paris : Les Belles Lettres.
  • Virgile. Énéide. Traduction par Paul Veyne, 2012. Paris : Albin Michel.
  • Cicéron. De Senectute. Traduction par Pierre Wuilleumier, 1961. Paris : Les Belles Lettres.
  • Cicéron. Tusculanes. Traduction par Jules Humbert, 1930. Paris : Les Belles Lettres.
  • Sénèque. Lettres à Lucilius. Traduction par Henri Noblot, 1945–1959. Paris : Les Belles Lettres.
  • Tite-Live. Histoire romaine. Traduction par Gaston Baillet, 1995. Paris : Les Belles Lettres.
  • Homère. Odyssée. Traduction par Victor Bérard, 1955. Paris : Gallimard.
  • César. De Bello Gallico. Traduction par Léopold-Albert Constans, 1926. Paris : Les Belles Lettres.
  • Edda poétique. Traduction par Régis Boyer, 1992. Paris : Fayard.
  • Edda en prose (Gylfaginning). Traduction par Régis Boyer, 1992. Paris : Fayard.
  • Saga des Völsungs. Traduction par Régis Boyer, 1989. Paris : Cerf.
  • Properce. Élégies. Traduction par Simone Viarre, 2005. Paris : Les Belles Lettres.
  • Corpus Inscriptionum Latinarum (CIL). 1863–présent. Berlin : De Gruyter.
  • Brihadaranyaka Upanishad. Traduction par Émile Senart, 1934. Paris : Les Belles Lettres.
  • Platon. Phédon. Traduction par Monique Dixsaut, 1991. Paris : Flammarion.

Études scientifiques :

  • Dumézil, G. (1970). Mythe et épopée : L’idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens. Paris : Gallimard.
  • Puhvel, J. (1987). Comparative Mythology. Baltimore : Johns Hopkins University Press.
  • Eliade, M. (1963). Le Mythe de l’éternel retour. Paris : Gallimard.
  • Scheid, J. (1998). La Religion des Romains. Paris : Armand Colin.
  • Beard, M., North, J., Price, S. (1998). Religions of Rome: Volume 1, A History. Cambridge : Cambridge University Press.
  • Renfrew, C. (1985). The Archaeology of Cult: The Sanctuary at Phylakopi. Londres : British School at Athens.
  • Benveniste, É. (1973). Indo-European Language and Society. Traduction par Jean Lallot. Coral Gables : University of Miami Press.
  • Flower, H. I. (1996). Ancestor Masks and Aristocratic Power in Roman Culture. Oxford : Clarendon Press.
  • Johnston, S. I. (1999). Restless Dead: Encounters Between the Living and the Dead in Ancient Greece. Berkeley : University of California Press.
  • Green, M. (1992). Dictionary of Celtic Myth and Legend. Londres : Thames & Hudson.