Être aryen (chapitre 4) : géographie et temporalité sacrées dans la religion aryenne – Démocratie Participative

Être aryen (chapitre 4) : géographie et temporalité sacrées dans la religion aryenne

La Rédaction
Démocratie Participative
Jour 4/5 du mois d’Equos

 

Dans le cadre d’une entreprise culturelle globale, nous lançons une série d’articles faisant la synthèse de ce qu’est l’être aryen. Ils sont disponibles dans la catégorie “Textes doctrinaux”. Cette introduction servira de cadre conceptuel à divers projets que nous initierons. 

Précédemment:

Synthèse de la géographie sacrée dans la religion indo-européenne (Partie 1)

1. Cosmogonie indo-européenne : une fondation sacrée de l’espace et du temps

La cosmogonie aryenne constitue la base de la géographie sacrée, car elle établit un lien entre l’ordre cosmique et les lieux terrestres perçus comme sacrés. Selon Georges Dumézil, un des principaux comparatistes des religions aryennes, les mythes de création aryens partagent un schéma commun : le sacrifice d’un être primordial pour créer le monde. Ce motif est attesté dans plusieurs traditions, notamment dans les textes védiques, nordiques, et iraniens.

Le sacrifice primordial

Dans le Rig-Veda indien (X, 90), le mythe de Purusha décrit comment les dieux sacrifient cet être cosmique pour former l’univers : « De sa tête naquit le ciel, de son souffle le vent, de ses pieds la terre, de ses yeux le soleil et la lune » (Rig-Veda, X, 90, 13-14, trad. Renou, 1956). Les parties de son corps deviennent non seulement les éléments cosmiques, mais aussi les classes sociales (brahmanes, kshatriyas, vaishyas, shudras), reflétant une vision hiérarchisée du cosmos. Ce mythe établit que l’espace terrestre est une réplique du corps divin, rendant certains lieux (montagnes, rivières, etc.) intrinsèquement sacrés.

Dans la mythologie nordique, le Gylfaginning de l’Edda en prose (Snorri Sturluson, XIIIe siècle) raconte une histoire similaire avec le géant Ymir : « De son sang, ils firent la mer et les lacs ; sa chair devint la terre ; ses os, les montagnes ; ses dents et ses mâchoires, les pierres et les cailloux ; son crâne, le ciel » (Gylfaginning, 8, trad. Dillmann, 1991). Ce démembrement structure l’espace en zones distinctes, chacune portant une trace du divin.Ces récits montrent que l’espace, dans la pensée indo-européenne, n’est pas neutre : il est saturé de sacré, et les lieux naturels ou construits sont des points de contact avec cet ordre cosmique originel. Comme le souligne Mircea Eliade, « l’espace sacré est un espace qui répète, à une échelle humaine, l’ordre cosmique révélé dans les mythes de création » (Eliade, 1957, p. 36).

Implications pour la géographie sacrée

Cette cosmogonie implique que certains lieux terrestres sont perçus comme des microcosmes, reproduisant l’ordre divin. Les montagnes, par exemple, peuvent symboliser l’axe du monde (axis mundi), reliant la terre au ciel, tandis que les rivières incarnent des forces vitales divines. Cette vision influence la désignation des espaces sacrés et des rituels qui y sont associés.

2. Génies des lieux : esprits et divinités locales

Les génies des lieux, ou esprits associés à des espaces spécifiques, sont une composante essentielle de la géographie sacrée aryenne. Ces entités, souvent appelées genius loci dans le contexte romain, incarnent l’esprit d’un lieu (maison, ville, montagne, source) et sont honorées pour leur pouvoir protecteur ou pour apaiser leur potentiel destructeur.

Rome : le genius loci

Inscription votive dédiée à Jupiter Optimus Maximus et au Genius loci (Génie du lieu du camp) par le Signifer de la Legio XXX Ulpia Victrix, en son nom propre et au nom de sa légion, sous le consulat de Maternus et Atticus (185 apr. J.-C.).

Dans la religion romaine, chaque lieu possède un genius, un esprit tutélaire qui veille sur son intégrité. Par exemple, le Genius Urbis Romae était l’esprit protecteur de la ville de Rome, honoré lors de fêtes comme les Ludi Romani. Les autels domestiques (lararia) dans les maisons romaines étaient dédiés au genius de la maison, souvent représenté comme un serpent, symbole de fertilité et de protection. Comme l’écrit Mary Beard, « le genius était une force vitale qui donnait au lieu son identité et sa pérennité » (Beard et al., 1998, p. 131). Les Romains offraient des libations (vin, lait, miel) ou des sacrifices animaux pour s’assurer de la bienveillance de ces esprits.

Inde védique : les yakshas

Rouleau grec soutenu par un Yaksha indien, Amaravati, IIIe siècle, Musée national de Tōkyō. 

Dans l’Inde védique, les yakshas sont des esprits associés à des lieux naturels comme les arbres, les lacs, ou les collines. Le Rig-Veda (VII, 88, 6) mentionne des offrandes aux yakshas pour garantir la prospérité ou éviter leur colère. Ananda K. Coomaraswamy note que « les yakshas sont des gardiens des lieux, souvent ambivalents, pouvant être bienveillants ou maléfiques selon les rituels offerts » (Coomaraswamy, 1947, p. 23). Par exemple, un arbre sacré abritant un yaksha pouvait être entouré de rubans ou recevoir des offrandes de fleurs pour apaiser l’esprit.

Celtes : les esprits des sídhe

Dans la mythologie celtique, les sídhe (collines sacrées en Irlande) sont des lieux où résident des esprits ou des divinités, comme les Tuatha Dé Danann. Le texte irlandais Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes d’Irlande) décrit les sídhe comme des portes vers l’Autre Monde, où les divinités vivent après avoir cédé la terre aux humains. Par exemple, la colline de Tara, centre politique et religieux, était considérée comme un síd. Proinsias Mac Cana explique : « Les sídhe étaient des lieux où le sacré et le profane se rencontraient, marqués par des rituels et des interdits » (Mac Cana, 1983, p. 67). Les offrandes, comme des aliments ou des objets, étaient déposées près de ces collines.

Exemples de cultes

Feriae Latinae

Rome : Lors des Feriae Latinae, des sacrifices étaient offerts au genius du Mont Albain pour renforcer l’unité des cités latines.

Inde : Les yakshas des arbres recevaient des offrandes lors de rituels agraires, comme ceux décrits dans l’Atharva-Veda (IV, 37), pour assurer une bonne récolte.

Celtes : À la source de la Boyne (Irlande), des offrandes étaient faites à la déesse Boann, incarnation de la rivière.

3. Espaces sacrés : rivières, bois, temples

Les espaces sacrés, qu’ils soient naturels (rivières, bois) ou construits (temples), sont des lieux où le divin se manifeste dans la pensée aryenne. Ils sont souvent associés à des rituels spécifiques et à des divinités.

Rivières sacrées

Sequana, déesse celte de la Seine, musée d’archéologie de Dijon, 100 de l’ère vulgaire

Les rivières, sources de vie et de purification, sont fréquemment divinisées dans les traditions indo-européennes. Leur caractère sacré découle de leur lien avec la cosmogonie, où l’eau est un élément primordial issu du sacrifice originel.

Inde védique : La déesse Sarasvati, mentionnée dans le Rig-Veda (I, 3, 10-12), incarne une rivière sacrée associée à la connaissance et à la purification. Les rituels védiques, comme le soma, étaient souvent accomplis près des rivières. Louis Renou note : « La rivière est un espace de rencontre entre l’humain et le divin, où les rites purifient et régénèrent » (Renou, 1956, p. 89).

Celtes : La déesse Sequana, personnification de la Seine, était honorée à sa source près de Dijon, où un sanctuaire a été découvert avec des ex-voto (statuettes, plaques). Miranda Green décrit ce site comme « un centre de guérison, où les pèlerins offraient des objets pour obtenir la faveur de la déesse » (Green, 1995, p. 112). De même, la déesse Danu, associée au Danube, reflète l’importance des rivières dans la mythologie celtique.

Rome : Le dieu Tiberinus, personnification du Tibre, recevait des sacrifices lors des Tiburtinalia pour protéger Rome des inondations. Des autels et des offrandes (comme des statuettes) étaient jetés dans le fleuve, comme le rapporte Ovide (Fastes, VI, 227-234).

Bois sacrés

Un autel votif romain dédié à six arbres d’un lucus (bois sacré occupé par des dieux naturels)

Les bois sacrés, appelés nemeton chez les Celtes ou lucus chez les Romains, sont des espaces naturels où les divinités résident. Ils sont souvent des lieux de culte en plein air, préférés aux temples dans certaines traditions.

Celtes : Le nemeton est un espace sacré central dans la religion celtique. Tacite, dans Germania (9), décrit les bois sacrés des Germains comme des lieux de sacrifices, parfois humains, dédiés à des divinités comme Wodan (Odin). En Gaule, le sanctuaire de Nemetobriga (Espagne) ou le nemeton de Drunemeton (Turquie) témoignent de l’importance de ces lieux. Les druides y accomplissaient des rituels, comme la cueillette du gui, décrite par Pline l’Ancien (Histoire naturelle, XVI, 95), où le gui était coupé avec une faucille d’or lors d’une cérémonie solennelle.

Rome : Le lucus Nemorensis, près du lac Nemi, était dédié à Diane. Ce bois sacré était le théâtre d’un rituel célèbre, où le prêtre (rex Nemorensis) devait être un esclave fugitif qui tuait son prédécesseur pour prendre sa place, un rite archaïque analysé par James Frazer (Le Rameau d’or, 1911). Ovide mentionne également le lucus de Jupiter Feretrius sur le Capitole (Fastes, II, 435).

Grèce : Le bois sacré de Dodone, dédié à Zeus, était un centre oraculaire où les prêtres interprétaient le bruissement des feuilles des chênes pour rendre des oracles (Hérodote, Histoires, II, 55).

Temples

Temple de Jupiter Capitolin, Rome

Les temples, en tant qu’espaces construits, reproduisent l’ordre cosmique dans un cadre humain. Ils sont délimités selon des rituels précis pour devenir sacrés.

Rome : Le templum romain est un espace rituellement consacré, souvent orienté selon les points cardinaux. Le rituel de l’inauguratio, décrit par Varron (De Lingua Latina, VII, 8-10), consistait à délimiter un espace par des augures pour le rendre sacré. Le temple de Jupiter Capitolin, construit sur une colline, symbolisait le centre du monde romain. Les sacrifices y étaient réguliers, notamment lors des Ides de chaque mois.

Grèce : Les temples grecs, comme celui d’Apollon à Delphes, étaient des lieux d’oracles et de sacrifices. Le temple de Delphes, situé sur une pente du mont Parnasse, était considéré comme l’omphalos (nombril) du monde, un axis mundi. Les offrandes (animaux, objets votifs) y étaient courantes, comme le rapporte Pausanias (Description de la Grèce, X, 24).

Inde védique : Les autels de feu (vedi) étaient des espaces temporaires pour les rituels védiques, comme l’agnicayana (construction d’un autel de briques pour le feu sacré). Ces autels, décrits dans le Shatapatha Brahmana (I, 2, 5), étaient orientés selon les directions cosmiques pour refléter l’ordre divin.

Rituels associés

Rivières : Les offrandes dans la Seine (Celtes) étaient des rites de purification. À Rome, les Arvales (prêtres) accomplissaient des sacrifices au Tibre pour assurer la fertilité des champs.

Bois sacrés : Chez les Celtes, la cueillette du gui était un rituel druidique visant à capter la puissance divine. Chez les Romains, les bois sacrés recevaient des offrandes lors des Ambarvalia, une procession agraire.

Temples : Les sacrifices dans les temples grecs impliquaient souvent l’immolation d’animaux, suivie d’un banquet rituel (thysia). À Rome, les flamines (prêtres) offraient des sacrifices précis selon les divinités (ex. : taureau pour Jupiter).

4. Carrefours et divinités associées

Triple statuette d’Hécate au Rijksmuseum van Oudheden. Divinité chtonienne, liée aux morts, elle relie le monde souterrain, la terre et le ciel.

Les carrefours, en tant que lieux liminaux, occupent une place particulière dans la géographie sacrée indo-européenne. Leur sacralité découle de leur position de transition entre différents espaces, les rendant propices aux interactions avec le divin ou l’inframonde.

Signification des carrefours

Les carrefours sont des espaces où les frontières entre le monde humain, le divin, et parfois le monde des morts s’amincissent. Mircea Eliade explique : « Les lieux liminaux, comme les carrefours, sont des seuils où le sacré peut se manifester, mais aussi où des forces dangereuses peuvent émerger » (Eliade, 1957, p. 25). Cette ambiguïté en fait des lieux de rituels variés, allant de la protection à l’exorcisme.

Divinités des carrefours

Grèce : Hécate est la déesse des carrefours, associée à la magie, aux seuils, et aux esprits. Hérodote (Histoires, IV, 93) mentionne des offrandes (hekataia, petits autels) déposées aux carrefours pour apaiser Hécate. Sarah Iles Johnston note : « Hécate est une divinité liminale, gardienne des passages, et les carrefours sont ses domaines privilégiés » (Johnston, 1991, p. 42). Les Grecs y laissaient des offrandes (nourriture, miel) lors des nuits de pleine lune.

Rome : Les Lares Compitales sont des esprits protecteurs des carrefours (compita). Chaque quartier romain avait un autel dédié aux Lares, où des sacrifices étaient offerts lors des Compitalia (fête annuelle). Tite-Live (Histoire romaine, XXXIV, 2) décrit ces autels comme des centres communautaires où les habitants se réunissaient pour des rituels. Les Lares étaient représentés comme des jeunes gens dansants, symbolisant la vitalité.

Inde : Dans l’Inde védique, les carrefours pouvaient être associés à des yakshas ou à des esprits malveillants (bhutas). L’Atharva-Veda (IV, 36) mentionne des rituels pour apaiser ces esprits aux croisements, souvent perçus comme dangereux la nuit.

Rituels aux carrefours

Grèce : Les carrefours étaient des lieux de rites magiques, comme l’élimination des impuretés (katharsis). Les pharmakoi (boucs émissaires humains) étaient parfois conduits aux carrefours pour expier les fautes d’une communauté (Plutarque, Vies parallèles, Thésée, 15).

Rome : Lors des Compitalia, des poupées de laine (maniae) étaient suspendues aux autels des carrefours pour détourner les esprits malveillants, selon Macrobe (Saturnales, I, 7, 34-35).

Inde : Les rituels aux carrefours incluaient des offrandes de nourriture ou de fleurs pour apaiser les esprits, souvent accomplis par des prêtres brahmanes.

La géographie sacrée indo-européenne s’enracine dans une cosmogonie où le sacrifice d’un être primordial structure l’espace et le temps, rendant certains lieux (rivières, bois, temples, carrefours) sacrés par leur lien avec le divin. Les génies des lieux (genius loci, yakshas, sídhe) incarnent l’esprit des espaces, tandis que les rivières (Sarasvati, Sequana, Tibre), les bois sacrés (nemeton, lucus), et les temples (templum, autels védiques) sont des centres de culte. Les carrefours, lieux liminaux, sont associés à des divinités comme Hécate ou les Lares Compitales et servent de cadre à des rituels variés.

Partie 2

5. Le fonctionnement des calendriers dans la religion aryenne

Le calendrier dans les religions indo-européennes structure le temps sacré, rythmant les rituels et les fêtes en lien avec les cycles cosmiques (solaire, lunaire, saisonnier). Les peuples aryens, bien que partageant des conceptions communes (division du temps en périodes sacrées, importance des transitions), ont développé des systèmes calendaires distincts, adaptés à leurs contextes culturels.

Cette section examine les calendriers romain, celtique, et védique, en précisant s’ils sont lunaires ou solaires, le début de la journée, et leur lien avec les rituels.

5.1. Le calendrier romain

Calendrier rustique provenant de Campo Marzio, Musée de la civilisation romaine à Rome, en Italie. 

Le calendrier julien, instauré par Jules César en 46 av. J.-C. et appliqué à partir de 45 av. J.-C., a remplacé le calendrier romain républicain pour aligner l’année civile sur l’année solaire, fixant une année standard à 365 jours avec une année bissextile de 366 jours tous les quatre ans. Ce calendrier a conservé la structure des mois romains, mais a ajusté leur durée et éliminé le mois intercalaire (Mercedonius).

Initialement lunaire, il évolue vers un système luni-solaire sous l’influence du calendrier julien (introduit par Jules César en 46 av. J.-C.). Ovide, dans ses Fastes, explique que le calendrier archaïque romain était basé sur les cycles lunaires : « Les Romains comptaient dix mois, suivant les lunaisons, avant que Numa n’ajoute janvier et février » (Fastes, I, 27-29, trad. Nisard, 2001). Le calendrier républicain, avant la réforme julienne, comptait 355 jours, ajustés par des mois intercalaires (Mercedonius) pour aligner les cycles lunaires et solaires.

Caractère lunaire ou solaire : Initialement lunaire, le calendrier romain devient luni-solaire avec la réforme julienne, fixant l’année à 365,25 jours. Les mois étaient divisés en Kalendae (1er jour), Nonae (5e ou 7e jour), et Ides (13e ou 15e jour), basés sur les phases lunaires. Les fêtes majeures, comme les Lupercalia (15 février) ou les Saturnalia (17-23 décembre), étaient liées à des cycles agricoles et solaires.

Début de la journée : La journée romaine commençait à minuit, une convention héritée des pratiques augurales, où les observations des signes divins (auspices) se faisaient dès l’aube. Varron (De Lingua Latina, VI, 3) note : « Le jour commence lorsque les étoiles s’effacent, marquant le temps des auspices. »

Rituels associés : Le calendrier structurait les fêtes religieuses, chacune liée à un sanctuaire ou une divinité. Par exemple, les Feriae Latinae (fête mobile en avril) impliquaient des sacrifices sur le Mont Albain pour Jupiter Latiaris, renforçant l’unité des cités latines (Tite-Live, Histoire romaine, V, 17). Les Ides de chaque mois étaient dédiées à Jupiter, avec des sacrifices dans son temple sur le Capitole. Les Fasti (calendriers inscrits) indiquaient les jours fasti (propices aux affaires) et nefasti (interdits pour les activités profanes), régulant les rituels.

Voici la liste des mois romains selon le calendrier julien, avec leurs durées, ainsi qu’une description des principales fêtes sacrées associées, basées sur les pratiques religieuses romaines connues. Les fêtes mentionnées incluent des célébrations fixes (fériae stativae) et certaines mobiles (fériae indictivae), en tenant compte des sources disponibles, notamment les Fasti et les travaux d’auteurs comme Ovide.

Liste des mois romains dans le calendrier julien

Ianuarius (janvier) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Kalendae Ianuariae (1er janvier) : Consacrées à Janus, dieu des commencements. Le rex sacrorum et un pontifex minor annonçaient le calendrier du mois au peuple et offraient un sacrifice à Janus au Capitole, dans la Curia Calabra. Cette date marquait aussi l’investiture des consuls, célébrée avec des processions et des prières pour la prospérité de Rome.
  • Agonalia (9 janvier) : Sacrifice à Janus, souvent un bélier, pour bénir l’année.

Contexte : Janvier, nommé d’après Janus, était devenu le premier mois de l’année sous la réforme de César (remplaçant Mars). Les célébrations étaient axées sur les nouveaux débuts.

Februarius (février) – 28 jours (29 jours les années bissextiles)

Fêtes sacrées :

  • Februalia (1er-8 février) : Fêtes de purification en l’honneur des morts, liées au terme februare (« purifier »). Ces rituels expiatoires visaient à apaiser les esprits ancestraux.
  • Lupercalia (13-15 février) : Fête de purification et de fertilité dédiée à Faunus (ou Lupercus). Les Luperques, prêtres, sacrifiaient des chèvres et un chien, puis couraient dans Rome en frappant les passants avec des lanières de cuir pour favoriser la fertilité.
  • Parentalia (13-21 février) : Célébration des ancêtres (di parentes), avec des offrandes sur les tombes pour honorer les morts.
  • Terminalia (23 février) : Fête en l’honneur de Terminus, dieu des bornes, marquant la fin symbolique de l’année avant l’ajout du jour bissextile. Les propriétaires offraient des sacrifices aux bornes de leurs terres.

Contexte : Février était associé à la purification et aux morts, considéré comme un mois néfaste (dies nefasti), notamment en raison de son nombre pair de jours (28). Le jour bissextile, ajouté tous les quatre ans avant le 24 février (ante diem bis sextum Kalendas Martias), prolongeait février à 29 jours.

Martius (mars) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Kalendae Martiae (1er mars) : Fête de Juno Lucina, protectrice des accouchements, et renouvellement du feu sacré de Vesta par les Vestales. C’était aussi le début traditionnel de l’année avant la réforme de César.
  • Ancilia Movent (9 mars) : Les Saliens, prêtres-danseurs, portaient les ancilia (boucliers sacrés de Mars) en procession à travers Rome pour marquer le début de la saison guerrière.
  • Anna Perenna (15 mars, Ides) : Fête plébéienne en l’honneur d’Anna Perenna, déesse personnifiant l’année. Célébrée par des banquets et des beuveries au premier milliaire de la via Flaminia.
  • Liberalia (17 mars) : Fête dédiée à Liber (dieu de la fertilité et du vin), avec des danses, chants et offrandes de gâteaux de miel par les sacerdotes Liberi.

Contexte : Mars, dédié au dieu guerrier, était lié à la reprise des activités militaires et agricoles au printemps. Les Ides de Mars (15 mars) étaient sacrées pour Jupiter, avec un sacrifice d’un mouton par le flamen Dialis.

Aprilis (avril) – 30 jours

Fêtes sacrées :

  • Veneralia (1er avril) : Fête en l’honneur de Vénus Verticordia, protectrice de l’amour chaste, et de Fortuna Virilis, avec des rituels féminins.
  • Megalesia (4-10 avril) : Célébration de Cybèle, la Grande Mère, avec des jeux (ludi Megalenses), des processions et des sacrifices.
  • Robigalia (25 avril) : Fête pour protéger les récoltes de la rouille (champignon), avec un sacrifice d’un chien roux et d’un mouton par le flamen Quirinalis dans le bois sacré de Robigo.

Contexte : Avril, peut-être lié à Vénus (via le terme étrusque apru pour Aphrodite), était associé à la fertilité et au renouveau printanier.

Maius (mai) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Kalendae Maiae (1er mai) : Sacrifice à Janus par le rex sacrorum, marquant le début du mois. Fête des Lares Praestites, protecteurs de la cité.
  • Ludi Florales (28 avril-3 mai) : Jeux en l’honneur de Flora, déesse des fleurs et de la fertilité, avec des spectacles, des chasses et des danses.

Contexte : Mai, dédié à Maia (déesse du printemps), était un mois de prospérité agricole. Les nombres impairs (31 jours) étaient considérés comme de bon augure.

Iunius (juin) – 30 jours

Fêtes sacrées :

  • Kalendae Iuniae (1er juin) : Fête de Junon Moneta, avec des sacrifices au Capitole.
  • Vestal Virgin Festival (9 juin) : Célébration des Vestales, gardiennes du feu sacré, avec des offrandes à Vesta.

Contexte : Juin, dédié à Junon, était associé à la protection divine et aux rituels domestiques.

Iulius (juillet, anciennement Quintilis) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Ides Iuliae (15 juillet) : Sacrifice d’un mouton à Jupiter Lucetius (« de la lumière ») par le flamen Dialis sur la citadelle, marquant la pleine lune.
  • Lucaria (19 et 21 juillet) : Fête célébrant le déboisement (conlucare, « remplir de lumière »), liée à l’agriculture, dans une clairière au nord de Rome.

Contexte : Renommé Iulius en 44 av. J.-C. en l’honneur de Jules César, ce mois était lié à la lumière et à l’activité agricole.

Augustus (août, anciennement Sextilis) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Portunalia (17 août) : Fête en l’honneur de Portunus, dieu des ports et des passages, avec des sacrifices.
  • Vinalia Rustica (19 août) : Fête dédiée à Jupiter et Vénus, marquant le début de la vendange.
  • Consualia (21 août) : Célébration de Consus, dieu des récoltes stockées, avec des courses de chars.

Contexte : Renommé Augustus en 8 av. J.-C. en l’honneur de l’empereur Auguste, ce mois était lié aux récoltes et à la prospérité. Un jour fut ajouté (de 30 à 31 jours) pour égaler Iulius, en prenant un jour à février.

September (septembre) – 30 jours

Fêtes sacrées :

  • Ludi Romani (5-19 septembre) : Jeux en l’honneur de Jupiter, avec des courses de chars et des spectacles théâtraux.

Contexte : Septembre, signifiant « septième mois » dans l’ancien calendrier, était un mois de célébrations publiques et de fêtes civiques.

October (octobre) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Meditrinalia (11 octobre) : Fête des vendanges, avec des offrandes de vin nouveau à Jupiter.
  • October Equus (15 octobre, Ides) : Sacrifice d’un cheval à Mars sur le Champ de Mars, lié à la fin de la saison militaire.

Contexte : Octobre, « huitième mois » dans l’ancien calendrier, marquait la transition vers l’hiver et la fin des campagnes militaires.

November (novembre) – 30 jours

Fêtes sacrées :

  • Ludi Plebeii (4-17 novembre) : Jeux plébéiens en l’honneur de Jupiter, similaires aux Ludi Romani.

Contexte : Novembre, « neuvième mois », était un mois de célébrations publiques, mais avec moins de grandes fêtes religieuses.

December (décembre) – 31 jours

Fêtes sacrées :

  • Saturnalia (17-23 décembre) : Fête majeure en l’honneur de Saturne, dieu de l’agriculture, avec des banquets, des échanges de cadeaux et une inversion temporaire des rôles sociaux (maîtres et esclaves).
  • Opalia (19 décembre) : Fête dédiée à Ops, déesse de l’abondance, souvent liée aux Saturnalia.

Contexte : Décembre, « dixième mois » dans l’ancien calendrier, passait de 29 à 31 jours après la réforme de César. Il était marqué par des célébrations festives et agricoles.

Structure des mois et comptage des jours

Kalendae : 1er jour de chaque mois, sacré pour Juno, marqué par l’annonce du calendrier par les pontifes.

Nonae : 5e jour (ou 7e pour mars, mai, juillet, octobre), lié à la première phase de la lune.

Ides : 13e jour (ou 15e pour mars, mai, juillet, octobre), sacré pour Jupiter, avec un sacrifice par le flamen Dialis.

Comptage romain : Les jours étaient comptés à rebours par rapport aux Kalendae, Nonae ou Ides. Par exemple, le 12 mars était ante diem quartum Idus Martias (« quatrième jour avant les Ides de mars »).

Remarques sur la réforme de César

La réforme julienne a fixé les durées des mois à leur forme actuelle (31, 28/29, 31, 30, 31, 30, 31, 31, 30, 31, 30, 31 jours), supprimant le mois intercalaire Mercedonius.

L’année commençait le 1er janvier, officialisant un changement amorcé dès 153 av. J.-C. pour les prises de fonction consulaires.

Les fêtes religieuses, liées aux cycles lunaires dans le calendrier pré-julien, ont été conservées à leurs dates fixes pour éviter des perturbations, bien que le calendrier soit devenu solaire.

Une erreur initiale (années bissextiles tous les 3 ans au lieu de 4) a été corrigée par Auguste entre 8 av. J.-C. et 4 ap. J.-C., stabilisant le calendrier.

Notes complémentaires

Les Fasti (calendriers épigraphiques comme les Fasti Antiates Maiores) détaillaient les jours fastes (dies fasti), néfastes (dies nefasti), et les fêtes. Les dies nefasti (jours sans activité publique, comme ceux des morts) interdisaient les assemblées et tribunaux.

Les fêtes mentionnées ici sont principalement des fériae stativae (dates fixes), mais des fériae indictivae (mobiles, décrétées par les pontifes) pouvaient s’ajouter, comme les célébrations des victoires de César sous Auguste.

Certaines fêtes, comme les Saturnalia, avaient une portée populaire, tandis que d’autres, comme les sacrifices des Ides, étaient strictement religieux.

5.2. Le calendrier celtique

Calendrier de Coligny

Le calendrier celtique, connu principalement grâce au Calendrier de Coligny (artefact gaulois du IIe siècle ap. J.-C.), est un calendrier luni-solaire, combinant les cycles lunaires et solaires pour organiser les fêtes et les rituels. Ce calendrier, gravé sur une plaque de bronze découverte en France, compte cinq années de 12 mois (plus un mois intercalaire tous les 2,5 ans) et divise les mois en périodes de 29 ou 30 jours, suivant les phases lunaires.

Caractère lunaire ou solaire : Le calendrier de Coligny est luni-solaire, avec des mois alignés sur les lunaisons (29,5 jours en moyenne) et des ajustements pour suivre l’année solaire. Les inscriptions mentionnent des termes comme samonios (lié à Samain, début de l’année celtique autour du 1er novembre) et giamonios (hiver), suggérant une division saisonnière. Miranda Green note : « Le calendrier celtique reflète une attention aux cycles lunaires pour les rituels, mais aussi aux solstices et équinoxes pour les fêtes agricoles » (Green, 1995, p. 145).

Début de la journée : Les Celtes comptaient probablement la journée à partir du coucher du soleil, une pratique courante dans les cultures aryennes. César (La Guerre des Gaules, VI, 18) observe que les Gaulois « mesurent le temps non par les jours, mais par les nuits », suggérant que la nuit marquait le début du cycle temporel.

Rituels associés : Le calendrier de Coligny indique des jours propices (matu) ou néfastes (anmatu) pour les rituels. La fête de Samain, marquant le passage à l’année nouvelle, était célébrée dans des sanctuaires comme Tara (Irlande), avec des banquets, des sacrifices, et des offrandes aux Tuatha Dé Danann. Le Cath Maige Tuired (texte irlandais) décrit des rituels lors de Samain pour honorer Lugh, avec des feux sacrés allumés dans les nemeta. Lugnasad (1er août), dédiée à Lugh, impliquait des jeux, des sacrifices, et des offrandes dans des sanctuaires comme celui de Tailtiu (Irlande). Les sources archéologiques, comme les dépôts d’objets à La Tène (Suisse), montrent des offrandes rituelles (armes, bijoux) lors des solstices.

5.3. Le calendrier védique (Inde)

Dans l’Inde védique, le calendrier était également luni-solaire, basé sur les cycles lunaires pour les rituels quotidiens et les cycles solaires pour les fêtes saisonnières. Le Rig-Veda et les Brahmanas décrivent un système où les mois sont définis par les lunaisons, mais l’année est ajustée pour correspondre à l’année solaire (environ 360 jours, avec des intercalations).

Caractère lunaire ou solaire : Le calendrier védique est luni-solaire. Les mois, comme Chaitra ou Phalguna, suivent les phases lunaires, tandis que les solstices et équinoxes marquent les grandes fêtes. Le Shatapatha Brahmana (VI, 2, 2) mentionne l’importance du solstice d’hiver pour le rituel de l’agnicayana (construction de l’autel de feu). Louis Renou explique : « Le temps védique est rythmé par les cycles lunaires pour les sacrifices quotidiens, mais les solstices structurent les grands rituels » (Renou, 1956, p. 102).

Début de la journée : La journée védique commençait à l’aube, moment propice aux rituels du feu (agnihotra). Le Rig-Veda (I, 113, 1) célèbre l’aube (Ushas) comme le début du temps sacré, où les prêtres allumaient le feu rituel.

Rituels associés : Les rituels védiques, comme l’agnihotra (offrande quotidienne au feu), étaient liés au cycle lunaire et solaire. Les grandes fêtes, comme le Mahavrata (solstice d’hiver), impliquaient des sacrifices complexes dans des autels temporaires (vedi), souvent près des rivières sacrées. Le Soma (jus sacré) était offert lors des nouvelles et pleines lunes, comme décrit dans le Yajur-Veda (VII, 2).

5.4. Comparaison et traits aryens

Mosaïque du milieu du IIIe siècle de l’ère vulgaire. Découverte dans une villa romaine en Allemagne, elle est actuellement conservé au LVR-LandesMuseum Bonn.

Les calendriers romain, celtique, et védique partagent des traits aryens : une combinaison de cycles lunaires (pour les rituels quotidiens) et solaires (pour les fêtes saisonnières), une division du temps en périodes fastes et néfastes, et un lien avec les sanctuaires. Georges Dumézil souligne que « le temps sacré indo-européen est un reflet de l’ordre cosmique, où les rituels synchronisent les activités humaines avec les cycles divins » (Mythe et Épopée I, 1968, p. 183). Le début de la journée varie (aube pour les Védiques, coucher du soleil pour les Celtes, minuit pour les Romains), mais reflète une attention aux transitions cosmiques.

Cette deuxième partie a exploré les calendriers indo-européens (romain, celtique, védique), montrant leur caractère luni-solaire et leur rôle dans l’organisation des rituels. Les rites associés aux lieux et à leurs esprits (sídhe, genius loci, yakshas) incluent des offrandes, des sacrifices, et des purifications, souvent dans des sanctuaires naturels ou construits. Les prêtres (druides, pontifices, brahmanes) structurent ces pratiques, reflétant la tripartition indo-européenne.

Sources utilisées

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