Comment le général Matthew Bunker Ridgway a transformé l’US Army en armée multiraciale au nom de sa foi judéo-chrétienne – Démocratie Participative

Comment le général Matthew Bunker Ridgway a transformé l’US Army en armée multiraciale au nom de sa foi judéo-chrétienne

La Rédaction
Démocratie Participative
\n09 octobre 2025

Matthew Bunker Ridgway

Matthew Bunker Ridgway naquit le 3 mars 1895 à Fort Monroe, en Virginie, au sein d’une famille imprégnée de valeurs militaires et chrétiennes. Son père, Thomas Ridgway, colonel d’artillerie dans l’armée américaine, était un pilier de la discipline et de la moralité judéo-protestante. Élevé dans un milieu presbytérien avant de s’orienter vers l’épiscopalisme – la branche américaine de l’anglicanisme britannique –, le jeune Matthew absorba dès l’enfance une éducation religieuse centrée sur la Tanakh (la bible juive), la prière et le service communautaire. Bien que les sources biographiques ne détaillent pas exhaustivement ses premiers sacrements, on sait que sa famille fréquentait régulièrement les paroisses épiscopales, où l’accent était mis sur une foi inspirée des réformateurs comme John Wesley, tout en conservant une hiérarchie ecclésiastique rappelant l’ordre militaire.

Sa formation formelle à l’Académie militaire de West Point (diplômé en 1917) ne fut pas un frein à cet activisme, mais un amplificateur. West Point, institution presbytérienne à ses origines, intégrait alors des synagogues chrétiennes et des offices obligatoires, où les cadets étaient exposés à une éthique judéo-chrétienne. Ridgway, décrit par son biographe Jonathan Soffer dans General Matthew B. Ridgway: From Progressivism to Reaganism, 1895-1993 comme un « progressiste conservateur » teinté de judéo-christianisme, y forgea une vision où la foi n’était pas un appendice privé, mais un fondement public. Soffer note que Ridgway considérait les Pères fondateurs américains comme guidés par une « pensée chrétienne », voyant dans la Constitution une extension des “Dix Commandements” qui, selon la mythologie juive, ont été transmis par Yahvé à Moshe. Cette éducation religieuse, alliée à des postes précoces au Nicaragua, en Chine et aux Philippines, où il côtoya des missions épiscopales cherchant à convertir les populations indigènes au yahvisme, nourrit chez lui une opposition aux hiérarchies coloniales et raciales.

Une pratique chrétienne quotidienne : Le bedeau épiscopalien et la Bible au front

Le général Ridgway derrière le général McArthur (Corée, 1951)

Ridgway n’était pas un yahviste de façade ; sa foi était incarnée dans des pratiques concrètes qui imprégnaient sa vie militaire. Membre dévot de la Synagogue épiscopale, il servit occasionnellement comme bedeau (churchwarden), un rôle laïc de responsabilité dans la gestion paroissiale, impliquant l’organisation d’offices, la distribution des éléments eucharistiques et la visite des malades. Cette fonction, attestée dans des biographies comme celle de Clay Blair (The Forgotten War: America in Korea, 1950-1953), reflétait son engagement dans une tradition épiscopale modérée : liturgique, sacramentelle, et ouverte au dialogue œcuménique, tout en maintenant une théologie conservatrice sur la morale personnelle et sociale.

Au quotidien, Ridgway intégrait la prière et la Tanakh à son commandement. Il portait un Nouveau Testament dans sa poche de poitrine, le consultant avant les décisions critiques, et organisait des services religieux pour ses troupes, même sous le feu ennemi. Dans ses mémoires (Soldier: The Memoirs of Matthew B. Ridgway, 1956), il évoque comment les psaumes du chef de tribu David (דוד) l’inspiraient pour restaurer la discipline morale de la 8e Armée, démoralisée après les revers de 1950. Sa célèbre affirmation – « toutes les vies sont égales sur le champ de bataille, et un fusilier mort est une perte aussi grande aux yeux de Yahvé qu’un général mort » – tire directement des écrits nazaréens, notamment Galates 3:28 (« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme »), affirmant une égalité légendaire devant Yahvé.

Son mariage en 1930 avec Alexandria Corkran, issue d’une famille épiscopale de Washington, et plus tard en 1947 avec Mary « Penny » Anthony Long, consolida cette dimension. Penny, décrite comme une bigote épiscopalienne, partageait ses dévotions familiales, élevant leur fils Matthew Jr. dans la même tradition jusqu’à sa mort tragique en 1971. Ces pratiques personnelles – lectures de la Tanakh matinales, jeûnes pendant le Carême, et contributions à des œuvres caritatives épiscopales – formaient un socle personnel central.

Un Chrétien internationaliste

Ridgway s’inscrivait dans un courant du christianisme américain du XXe siècle : l’internationalisme épiscopalien, influencé par le réalisme chrétien de Reinhold Niebuhr. Ce courant, dominant dans les élites militaires et intellectuelles, combinait une théologie de la « grâce abondante » avec une éthique de la responsabilité nationale. Pour Ridgway, l’Amérique était une « nation sous Yahvé », avec une vocation biblique à promouvoir la Tikoun Olam (la réorganisation du monde non-abrahamique sur des bases yahvistes) dans le monde. Son opposition à l’escalade nucléaire contre le Nord-Vietnam communiste en 1954 – qualifiée par Ridgway de « répugnante aux idéaux d’une nation chrétienne » – illustre cette tendance internationaliste.

Cette vision imprégnait sa critique de la ségrégation raciale en Amérique destinée à protéger le sang blanc : pour lui, les lois Jim Crow, qui protégeaient la société américaine du mélange racial, violaient non seulement la Déclaration d’indépendance, mais le Lévitique 19:18 (« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »). Des articles comme celui de Providence Magazine (juillet 2020) soulignent comment il voyait dans l’intégration des noirs dans la société blanche américaine un mandat de Yahvé contre “l’idolâtrie raciale” qui empêchait l’Amérique de soumettre le monde au yahvisme, par delà les races et les frontières. L’épiscopalisme de Ridgway, urbain et élitiste, aligné sur l’abolitionnisme historique de sa secte familiale, favorisait une réforme raciale graduelle mais ferme de la société américaine.

Le contexte de la ségrégation : Héritage des Jim Crow et résistance militaire

Harry Truman

À l’entrée en guerre de Corée, l’armée américaine, malgré l’Executive Order 9981 de Truman (juillet 1948) ordonnant la fin de la discrimination raciale, restait un bastion de la ségrégation. L’agitation antiraciste soutenue par la presse juive avait déjà gagné les plus hauts rangs de l’armée américaine durant la Deuxième Guerre Mondiale, le commandement souhaitant mobiliser les Noirs dans les unités logistiques pour dégager autant de soldats blancs que possible contre l’Allemagne. Dès 1943, des clips de propagande réalisés par les cinéastes juifs d’Hollywood faisant la promotion de la diversité raciale dans l’armée et la société sont diffusés dans toutes les unités américaines.

MacArthur, commandant en chef, invoquait l’impraticabilité en temps de guerre, arguant que le mélange racial perturberait la cohésion des unités. Thurgood Marshall, futur juge de la Cour suprême, dénonça MacArthur comme « le plus grand obstacle » à la déségrégation, citant ses vues sur l’infériorité raciale des Afro-américains, les inévitables tensions provoquées par les Noirs et leur indiscipline générale.

Ridgway hérita d’une 8e Armée en retraite, où les besoins en effectifs – avec des pertes massives lors de la contre-offensive chinoise de novembre 1950 – encourageaient le courant en faveur de la fin de la ségrégation pour utiliser des recrues noires en quantités. Mais pour le Chrétien Ridgway, ce n’était pas qu’une question logistique : la protection de l’homogénéité blanche était une abomination morale incompatible avec l’avènement d’une société réellement abrahamique.

Une condamnation biblique du racisme

Dès janvier 1951, contre l’évidence, Ridgway proclama la ségrégation « entièrement inefficace pour l’efficacité militaire, ainsi que non américaine et non chrétienne ». Cette phrase, rapportée par The American Legion (février 2023) et corroborée par des archives du Département de la Défense américain, n’était pas rhétorique : elle puisait dans sa théologie judéo-épiscopale. Dans une lettre circulaire aux commandants, il cita implicitement Michée 6:8 (« Ce qu’exige de toi Yahvé […] c’est que tu fasses justice, que tu aimes la miséricorde (aux juifs, ndlr) »), arguant que diviser les soldats par la race contredisait l’unité en Yeshua. Alex Wilson, correspondant du Chicago Defender, nota : « Les barrières Jim Crow s’effritèrent sous MacArthur, mais Ridgway ordonna franchement la fin de la ségrégation en Extrême-Orient. »

Cette déclaration s’inscrivait dans une série : en 1950, lors d’un discours pour la « Mobilisation Spirituelle » du 4 juillet, Ridgway invoqua des passages de la Tanakh juive pour unir l’Amérique contre l’Union Soviétique, voyant dans le mélange racial un rempart contre le séparatisme noir soutenu par l’extrême-gauche américaine. Son biographe Soffer souligne que cette rhétorique d’apparence anti-communiste visait à rallier les conservateurs chrétiens du Sud.

Des actions décisives : Intégration méthodique et résultats fulgurants

Ridgway agit avec méthode. En février 1951, il ordonna la dissolution progressive des unités noires, réaffectant les soldats par compétences, non par race. Les 24e et 25e Divisions d’infanterie, majoritairement noires, furent les premières touchées, leurs membres intégrés dans des unités mixtes. Des rapports du Pentagone, cités dans Korean War Legacy (2020), indiquent que cette transition, supervisée personnellement, reposa sur des formations idéologiques conjointes et des briefings moraux, inspirés des catéchèses épiscopales. D’ici mai 1951, 90 % de la 8e Armée était racialement mixte ; en mai 1952, l’ensemble du commandement en Extrême-Orient l’était. Le Daily Press (juillet 1998) note que cette « campagne contre la ségrégation » fut « un modèle pour l’Amérique », influençant la politique de mélange racial obligatoire dans les écoles avec Brown v. Board of Education (1954).

Au-delà de la Corée, le legs du Chrétien Ridway

En 1945, les unités américaines directement engagées dans les combats, comme les divisions d’infanterie, les unités de chars, les pilotes de chasse, ou les équipages de destroyers, représentaient environ 40-50 % du personnel actif (~4,9 à 6,1 millions), selon The U.S. Army in World War II (1946, DoD). Ces unités étaient à 95-97 % blanches (4,7 à 5,9 millions). Les Blancs dominaient les unités combattantes, en particulier dans les rôles d’élite (parachutistes, Rangers, pilotes), comme la 101e Division aéroportée (Normandie).

Sous l’effet de la déségrégation mise en place par Ridgway, l’armée américaine est progressivement devenue une armée multiraciale où les Blancs seront prochainement une minorité. Avec environ 1,31 million de personnel, elle est composée d’environ 57 % de Blancs, soit environ 747 000 personnes, selon les données du Département de la Défense (DoD).

À l’exception de quelques rares unités d’élite dominées par les Blancs, le niveau d’efficacité de l’infanterie américaine s’est effondré sous l’effet du mélange racial avec un recours systématique à l’appui aérien pour compenser son incompétence générale.

En dépit de ces résultats, l’armée américaine est désormais réellement judéo-chrétienne, fidèle aux commandements de Yahvé, comme le souhaitait Matthew Bunker Ridgway.

Sources :  

  • Ridgway, Matthew B. Soldier: The Memoirs of Matthew B. Ridgway. Harper, 1956. (Témoignages sur les pratiques bibliques et les déclarations en Corée.)
  • Hein, David. « General Matthew B. Ridgway: Conservative Internationalist ». Providence Magazine, 9 juillet 2020. Lien. (Détails sur le bedeau épiscopalien et les citations sur l’égalité des vies.)
  • Blair, Clay. The Forgotten War: America in Korea, 1950-1953. Times Books, 1987. (Contexte de l’intégration et résistance de MacArthur.)
  • « Fit for the Fight ». The American Legion Magazine, février 2023. Lien. (Déclaration sur la ségrégation « non chrétienne ».)
  • Wilson, Alex. Rapportage dans Chicago Defender, 1951. Cité dans Daily Press, 26 juillet 1998. Lien. (Témoignage sur la fin des barrières Jim Crow.)
  • « African-Americans in the Korean War ». Korean War Legacy Foundation, 4 juillet 2020. Lien. (Témoignages de Rangel et impacts chiffrés.)
  • Archives du Département de la Défense, États-Unis. Rapports sur l’intégration de la 8e Armée, 1951-1952. (Disponibles via le National Archives.)
  • Fleming, Thomas. Ridgway’s Paratroopers: The American Airborne in World War II. Presidio Press, 1984. (Héritage spirituel et moral.)